Sept prêtres nordistes appellent à un Grand débat… ecclésial

Publié le 25 Février 2019

Sept prêtres nordistes appellent à un Grand débat… ecclésial

Fanny Magdelaine (à Lille), nous montre sur la-Croix.com dans un article du dimanche 24 février 2019 qu’en finir avec le cléricalisme, diversifier les ministères, se frotter aux réalités du terrain : voilà quelques axes forts prônés par sept prêtres du nord de la France (Quatre sont du diocèse de Cambrai : Yves Spriet, Joseph Nurchi, Jean-Marc Bocquet et Adam Dobek. Deux sont du diocèse de Lille : Marc Delebarre et Patrick Delécluse) dans un texte intitulé «Au cœur d’une Église en danger, garder l’espérance».

 

C’est un texte d’abord diffusé dans leurs réseaux et dans la presse régionale, un texte auquel ils réfléchissent depuis des mois, pour lutter «contre le fonctionnement autoréférentiel et le cléricalisme» de l’Église. Les sept prêtres signataires se connaissent bien : plusieurs d’entre eux ont été ordonnés la même année et depuis cette date, ils se retrouvent régulièrement. Certains ont dû quitter le groupe – Jean-Luc Brunin, évêque du Havre, qui a reçu leur lettre –, d’autres les ont rejoints.

 

Tous sont des prêtres de terrain : «Ma foi s’est nourrie de la rencontre, confie le père Bernard Denis, 65 ans, prêtre du diocèse d’Arras (Pas-de-Calais). Se confronter aux réalités de la vie nous ouvre aux autres, nous rappelle que la personne et le message de Jésus-Christ sont centraux et porteurs d’une espérance profondément humaine. Depuis des années, l’Église a mis en avant des courants éloignés de l’Action catholique. Il est temps qu’émerge à nouveau un courant alternatif», poursuit celui qui fut durant des années prêtre et travailleur social. Ces «serviteurs» se sentent plus que jamais appelés «à être sur les lignes de fracture de l’humanité» (Pierre Claverie), là où «des êtres humains sont en passe d’être submergés, (…) oubliés ou méprisés comme s’ils ou elles n’étaient rien, (…) dépendant d’un modèle économique au service d’une finance qui rêve d’une croissance dont l’humain n’est qu’une variable d’ajustement.»

 

Le père Dobek lance ce cri : «J’en ai marre de représenter un système qui fonctionne comme une douane : ’Vous n’avez pas le droit d’avoir accès à ce sacrement parce que vous ne rentrez pas dans les cases’ ou ’Notre calendrier est trop chargé’. Moi, je veux d’abord être au service des gens !» Le père Bernard Denis craint pour l’accueil de tous : «On arrive à nos limites vu ce que les prêtres doivent gérer. On ne pourra bientôt plus accueillir largement les gens en souffrance notamment». Pour lui, «l’évangélisation ne se joue pas dans la mise en place de dispositifs mais dans la rencontre». Marc Delebarre explique : «La pastorale d’encadrement, c’est fini. On nous dit de quadriller le terrain, c’est impossible aujourd’hui. Le risque est de devenir des fonctionnaires, d’épuiser les gens. Le cœur de mon ministère est d’être disponible aux gens, et pas de courir partout. Quelle est la crédibilité du message de l’Église aujourd’hui» Ils sont témoins du départ de laïcs très engagés : «On sent la souffrance des laïcs. Ils ont donné beaucoup et partent de l’Église sur la pointe des pieds, parce qu’ils sont déçus», confie Jean-Marc Bocquet (https://actu.fr/societe/region-une-lettre-ouverte-7-pretres-revolutionner-leglise_21536125.html).

 

Les signataires se sentent en minorité ou en voie de disparition face à certains prêtres plus jeunes, qu’ils jugent éloignés du terreau social nordiste : «Nous nous inscrivons contre cette théologie de la séparation prêtres/laïcs actuellement amplifiée par certaines communautés, note le père Jean-Marc Bocquet, 69 ans, curé à Saint-Amand-les-Eaux, dans le diocèse de Cambrai (Nord). Nous ne sommes pas sacrés ni supérieurs aux autres baptisés, nous ne possédons pas une autorité incontestable.» Le repli de l’Église sur la sacristie, dont ils sont témoins, les inquiète et les pousse à dénoncer les curés en soutane qui ne veulent pas de filles comme enfant de chœur, qui ne s’intéressent qu’à la messe, et qui ont d’abord une démarche identitaire (https://actu.fr/societe/region-une-lettre-ouverte-7-pretres-revolutionner-leglise_21536125.html).

 

La question des ministères et de leur diversification est centrale dans ce texte : «Comment peut-on parler de sacerdoce commun des fidèles, tout en excluant la majorité des baptisés de la plupart des ministères existants ?» «Le fonctionnement tourne encore trop autour des curés de paroisse, souligne le père Marc Delebarre, 68 ans, prêtre du diocèse de Lille et aumônier national du CMR (Chrétiens en monde rural). Nous sommes de moins en moins nombreux et de plus en plus âgés, nous avons encore quelques forces, c’est donc maintenant qu’il nous faut innover !» «Le pape François nous demande d’être des ‘témoins missionnaires’, il invite notre monde à changer de ‘paradigme’, pourquoi ne pas appliquer ces conseils à cette institution millénaire qu’est l’Église catholique romaine ?», s’interrogent les signataires, soucieux que «l’Église s’autodiagnostique sous peine d’être remise en cause sévèrement de l’extérieur.»

 

Les sept amis ne font pas que des critiques. Ils proposent aussi des solutions qui reposent en quasi-totalité sur la place des laïcs. Des ministères confiés à des laïcs, et des femmes ordonnées diacres, voilà leurs idées. «Il faut faire plus confiance aux laïcs. Certains, pour un temps donné, 3 ou 6 ans, pourraient faire les baptêmes et recevoir les consentements de mariage. Pour les femmes diacres, rien ne l’empêche, sauf les mentalités. On nous dit que l’Afrique n’acceptera jamais. Il faut bien que quelqu’un ose… On pourrait aussi inventer d’autres ministères qui seraient confiés aux laïcs, dont les femmes», assène le père Dobek. Le père Denis rappelle qu’aux premiers temps de l’Église, les ministères n’étaient pas réservés aux hommes célibataires ordonnés, mais adaptés aux besoins de la communauté. «Si on continue à tout faire reposer sur le prêtre, c’est fini…» (https://actu.fr/societe/region-une-lettre-ouverte-7-pretres-revolutionner-leglise_21536125.html).

 

Le texte étend sa diffusion peu à peu et les sept prêtres, ordonnés entre 1972 et 2000, recueillent avec intérêt les réactions : «Je viens de recevoir un courriel de prêtres et agents pastoraux de Malines-Bruxelles qui souhaitent avoir des échanges avec nous, confie le père Marc Delebarre. Une belle perspective qui nous ouvre à l’Europe !» Du côté de leurs évêques, pas ou peu de retours approfondis à ce jour. «Nous ne nous attendons pas à bouleverser les structures mais nous aimerions faire passer cet esprit de coresponsabilité, poursuit le père Jean-Marc Bocquet. Nous en avons assez d’avancer à reculons, de colmater, de pallier un fonctionnement à bout de souffle. Nous voulons une nouvelle Pentecôte !»

 

Quelles sont leurs attentes avec la diffusion de leur lettre ? Leur souhait de voir des femmes ordonnées diacres ne sera pas exaucé, ils le savent bien. «On ne peut plus se taire. J’espère que cela ouvrira un dialogue», affirme Adam Dobek. Pour le père Bocquet, «on est des lanceurs d’alerte. On pose des briques sur un mur à construire… Si on se tait, on trahit notre mission» Marc Delebarre ajoute : «Nous espérons faire naître un débat» Car le risque est clair : la fin de l’Église. «Si on ne fait rien, on va vers la mort, même si des choses doivent mourir», note carrément le père Dobek. C’est le modèle clérical qui est en cause selon eux : «Tout repose sur le prêtre. Or, des prêtres, il y en a de moins en moins. Les séminaires sont vides et on fait comme avant. Nous sommes à un point de rupture. Si on continue à tout faire reposer sur le prêtre, c’est fini. C’est une question de survie pour l’Église, tout simplement», insiste le père Bocquet. Le père Denis estime «qu’on va dans le mur si on continue cette vision ancienne basée sur le prêtre». Le risque pour lui est «de créer une Église élitiste, puriste, alors que la chose fondamentale est d’être signe d’un Dieu amour !» (https://actu.fr/societe/region-une-lettre-ouverte-7-pretres-revolutionner-leglise_21536125.html).

 

Espérons que le texte intitulé «Au cœur d’une Église en danger, garder l’espérance» soit diffusé pour le plus grand nombre. Je vous le mets après l’avoir trouvé dans l’article de Lille Actu du 20 février (https://actu.fr/societe/region-une-lettre-ouverte-7-pretres-revolutionner-leglise_21536125.html) :

 

«Notre société est en attente de sens, de projets collectifs…Les besoins essentiels non satisfaits, les inégalités croissantes, les migrations politiques, économiques, ou climatiques provoquent des crises importantes. Le risque est de se replier sur ses peurs et de développer ainsi de graves conflits. La personne et le message de Jésus Christ sont centraux : ils sont porteurs d’une espérance profondément humaine. Il n’est pas de l’ordre de la norme, du dogme, des règles sacrées à respecter mais bien au contraire de l’ouverture, du chemin, de l’utopie. Le Pape François appelle à ce chemin d’espérance qui concerne tout le monde dans ses encycliques et ses exhortations… alors que la part instituée de l’Église, dans son fonctionnement autoréférentiel et son cléricalisme, n’est plus audible et bloque les initiatives porteuses d’espérance.

 

Lutter contre ce cléricalisme nous amène aussi à questionner l’exercice du ministère presbytéral dans sa forme actuelle. C’est à la mesure de notre expérience en ce domaine que nous prenons la plume…

Ce que nous constatons.

 

Ordonnés entre 1972 & 2000, pour les diocèses d’Arras, Cambrai et Lille, nous sommes effectivement devenus prêtres grâce à celles et ceux que nous rencontrons au quotidien de notre existence et qui nous ont fait grandir tant dans notre humanité que dans notre attachement au Dieu de Jésus-Christ.

 

Pour la majorité d’entre nous, le Concile a ouvert les portes qui nous ont permis d’accomplir notre ministère. Dans ce sillage, l’Action Catholique fut et demeure une véritable chance pour accompagner, œuvré avec des chrétiens engagés dans la société et, par le fait même, ne cessant de questionner l’Église sur sa présence réelle à ce monde que Dieu aime.

 

Prêtres, nous le sommes avant tout par notre baptême qui nous a également configurés au Christ prophète et roi. C’est en effet le sacerdoce commun des fidèles qui est premier, notre ministère nous rendant simples serviteurs pour la communauté au cœur d’une société en attente de sens.

 

Ce ne sont pas de prêtres d’abord dont a besoin l’Église, c’est de baptisé.e.s qui s’organisent en vue de la mission (Eph 4,12s). Et c’est par leur humanité d’abord que les communautés (dans la diversité des tâches et des charismes) sont signes pour la société actuelle.

 

La préoccupation épiscopale du manque de prêtres nous semble venir de la peur de voir disparaître un fonctionnement (aujourd’hui inadapté, car en décalage par rapport à la dynamique de l’Évangile et aux aspirations de nos contemporains) par lequel le clergé recevait mission d’encadrer les chrétiens, de couvrir un territoire et d’imposer son autorité (voire son autoritarisme), ce qui nous vaut encore des remarques telle que ‘changement de curé, changement de sifflet’.

 

Un certain nombre de penseurs nous alertent depuis plusieurs années déjà sur les risques d’une dérive cléricale : les avons-nous suffisamment écoutés ?

 

Parlons franchement : C’est ainsi qu’aujourd’hui, exercent certains curés (plutôt que pasteurs), hommes célibataires portant une croix petite ou grande, et parfois même revêtus de ces soutanes qui viennent colorer (en noir et blanc) les manifestations identitaires. Voulant mettre la sainte messe (plutôt que l’eucharistie) au centre de leurs préoccupations, ils veillent à bien séparer les hommes des femmes, et les garçons des filles, le sexe féminin ne pouvant pénétrer dans le chœur, ce lieu tellement sacralisé qu’il n’a plus rien à voir avec la chambre haute où Jésus a réuni ses disciples pour son repas d’adieu.

 

Nous refusons que ce modèle de prêtres dont les médias sont friands, l’emporte jusqu’à paralyser le désir de nombreux baptisés de prendre en main la vie de leur communauté et qui, pour cela, espèrent une formation et un accompagnement plutôt que des directives leur venant de responsables ecclésiastiques trop souvent hors-sol.

 

Face au maniement habituel du dogme, des rites et d’une autorité incontestable qui aurait été conférée au prêtre du fait de son ordination, des chrétiens ont quitté les assemblées dominicales ou locales, et leurs responsabilités paroissiales : Leur foi au Christ imprègne toute leur vie de citoyen, mais leur vie chrétienne a été profondément déçue, et parfois blessée, au point qu’ils n’attendent plus rien de l’institution ecclésiale.

 

À quelle Église voulons-nous contribuer ?

 

C’est le regard fixé sur le Christ que nous invitons notre Église à repenser la dynamique des vocations à partir du don de Dieu répandu au sein de l’ensemble des membres du peuple de Dieu pour lequel un seul est prêtre, le Christ (cf la lettre aux Hébreux). Nous en appelons donc à une nouvelle Pentecôte.

 

Ainsi, nos relations humaines avec les habitants des lieux dans lesquels nous avons été envoyés nous confortent dans notre désir de retrouver les fondamentaux évangéliques que sont l’humilité, l’écoute, le service, dans le prolongement de ce mode de vie qui fut celui de Jésus de Nazareth nous invitant, comme le disait Pierre Claverie, à être sur les lignes de fracture de l’humanité.

Ce Jésus n’a pas envoyé les femmes et hommes de son entourage pour devenir des êtres sacrés, intouchables, mis à part, mais pour aller partout où des êtres humains sont en passe d’être submergés, certains parce qu’oubliés ou méprisés comme s’ils ou elles n’étaient rien, d’autres, parce que dépendant d’un modèle économique au service d’une finance qui rêve d’une croissance dont l’humain n’est qu’une variable d’ajustement.

 

Pour trouver sa place comme témoin de l’Évangile, quiconque a été baptisé.e peut remplir les tâches nécessaires à la vie d’une communauté chrétienne. La formation indispensable pour l’exercice de ces tâches pourrait alors être proposée plus largement.

Comment peut-on parler de sacerdoce commun des fidèles, tout en excluant la majorité des baptisés de la plupart des ministères existants ? Comment ne pas redonner aussi aux femmes la place éminente qu’elles ont dans les Évangiles et chez Paul ? Celle d’être des apôtres éminentes de la résurrection comme Marie de Magdala en Jn 20, comme Junia en Rm 16,7 ; celle d’être des prophètes comme la femme de Béthanie qui confère l’onction royale à Jésus en Mc 14,3-9 ; celle d’être des responsables d’Église comme Phœbé à Corinthe en Rm 16,1.

 

Alors que les communautés chrétiennes espèrent des réponses de la part du magistère qui devrait plus explicitement se soucier des questions légitimes des baptisés, l’accès de ces mêmes baptisés à de nouveaux ministères est sans cesse retardé, voire suspecté, acculant les ministres en exercice à un excès de tâches générant fatigue, découragement ou dépression, voire burn out ou dérapages qui invalident la mission (alcoolisme, compensations affectives incontrôlées, suicide).

 

Ainsi, pourquoi le baptême ne pourrait-il pas être, dans les faits, donné par un membre (femme ou homme) de la communauté en son sein ? Pourquoi l’échange de consentement des époux ne pourrait-il pas avoir lieu en présence d’un témoin reconnu (femme, homme ou. couple) de la communauté chrétienne ? Pourquoi le ministère diaconal (pour ne pas parler du ministère presbytéral) demeure réservé aux hommes ? C’est au Christ (en qui il n’y a plus ni homme ni femme) que nous appartenons, pas à une institution dont les modes d’organisation sont transitoires. Ainsi pourraient être appelées et ordonnées pour un ministère, des personnes issues de la communauté pour son service et ce pour une durée déterminée. Le pape François nous demande d’être des ‘témoins missionnaires’, il invite aussi notre monde à changer de ‘paradigme’, pourquoi ne pas appliquer ces conseils à cette institution millénaire qu’est l’Église catholique romaine ?

 

Nous croyons que d’autres moyens existent pour déployer la pertinence du message du Christ dans notre monde, et nous pensons nos interrogations légitimes ; ainsi pourquoi l’institution Église ne s’interrogerait-elle pas aussi sur sa propre pertinence, sur son mode de fonctionnement actuel qui la met hors course pour tenir sa place, non pas comme puissance, mais comme une institution proposant enfin un mode alternatif de vie en société, où chacun.e prend soin de sa relation à l’autre, à soi-même, à l’environnement et… à Dieu .

 

C’est là un immense chantier, et, avec les mots du pasteur Théodore Monod, ‘ne disons pas que le christianisme a échoué ; le problème c’est qu’il n’a pas encore été vécu’, ce qu’exprime d’une autre manière le dominicain Dominique Collin, quand il choisit comme titre à son dernier écrit : ‘le christianisme n’existe pas encore’ ; alors, cherchons et inventons ensemble !

 

Le tout, à l’écoute de l’Esprit Saint, bien sûr !»

 

Espérons que la hiérarchie et les catholiques soient aussi à l'écoute de l'Esprit Saint pour les guider dans des réformes salutaires.

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Réforme de l'Église

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P
juste,une petite précision, faudrait aussi ôter ce célibat fameux célibat obligatoire qui est la cause de beaucoup de malheurs!
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G
‘le christianisme n’existe pas encore’<br /> ----------------------------------------------------------<br /> Voilà qui me rappelle le langage des communistes ! Le vrai communisme n'a pas été instauré en URSS
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V
Ben moi, voilà une perspective qui me fait penser à la prophétie du chapitre 2 du livre de Daniel, avec la statue symbolisant le monde et la pierre tombée d'une montagne...
P
gaëtan ribault,<br /> <br /> Le mouvement voulu par Jésus n'existe pas, ils n'ont pas tort.<br /> <br /> Merci !