Hollerich : "Où sont nos valeurs maintenant en Afghanistan ? C'est une honte pour l'Europe et l'Occident"
Publié le 25 Août 2021
"L'Occident n'est pas la seule puissance mondiale. Nous devons accepter cela et agir avec plus de prudence. Nous n'agissons qu'au nom des valeurs économiques et non pour le peuple. En Afghanistan, il y a eu un manque de responsabilité politique. Maintenant, nous devons combler cette lacune." Le cardinal de Luxembourg et président de la Commission des conférences épiscopales de l'UE (COMECE), Jean-Claude Hollerich, a montré son horreur, et sa honte, face au départ de la communauté internationale d'Afghanistan et à la montée des talibans comme nous le signale Jesús Bastante sur religiondigital.org ce mercredi 25 août 2021.
"Les couloirs humanitaires sont la seule réponse qui marche", car "mettre ces personnes dans un camp de réfugiés, c'est les condamner au désespoir", affirme Hollerich dans une interview à l'agence Sir, des évêques italiens, où il est très dur avec les actions des pays occidentaux, dont il demande aux dirigeants «d'agir selon leur conscience». «Nous voyons des images très fortes. Elles m'ont fait mal au cœur. Ça me fait mal au cœur de voir comment les gens sont traités. Nous avons donné de l'espoir à ces gens et maintenant nous les avons laissés dans l'enfer de Dante. Et puis j'ai honte. Honte à l'Europe et à l'Occident. On parle beaucoup de valeurs. Mais où sont nos valeurs en Afghanistan maintenant ?», déclare catégoriquement l'archevêque de Luxembourg.
"Qu'avons-nous fait de mal ? Tout. La seule chose dont nous discutons, c'est ce qu'il faut faire pour éviter d'avoir un grand nombre de réfugiés au lieu de venir en aide à ces personnes. Et cette attitude me fait honte", souligne le prélat, qui déplore le mur construit en Grèce contre l’arrivée de nouveaux réfugiés. «On ne parle plus de réfugiés ou de demandeurs d'asile dans le cadre des accords de Genève. On parle d'immigrés clandestins et ça fait peur. Le mur est l'expression de cette mentalité. J'espérais que la chute du mur de Berlin marquerait la fin du temps des murs. Mais ce n'est pas comme ça. De nouveaux murs ont été construits.»
Hier, Monseigneur John Putzer, chargé des affaires de la Mission permanente du Saint-Siège auprès de l'ONU et des autres organisations internationales à Genève, a fait savoir que le Saint-Siège continue de suivre "avec une grande attention et une profonde préoccupation" l'évolution de la situation en Afghanistan et renouvelle l'appel lancé par le pape François le 15 août pour qu'«une solution soit trouvée à la table du dialogue». Cela a été réitéré mardi matin par Monseigneur John Putzera qui a exhorté toutes les parties à «reconnaître et défendre le respect de la dignité humaine et des droits fondamentaux de toute personne, y compris le droit à la vie, le droit à la liberté de religion, le droit à liberté de mouvement et de réunion pacifique». "En ce moment critique", a-t-il ajouté, "il est d'une importance vitale de soutenir la réussite et la sécurisation des efforts humanitaires dans le pays, dans un esprit de solidarité internationale, afin de ne pas perdre les progrès réalisés, notamment dans les domaines de la santé et l'éducation". Selon le Saint-Siège, le "dialogue inclusif" est "l'outil le plus puissant" pour atteindre l'objectif de la paix. Enfin, l'appel à l'ensemble de la communauté internationale pour «passer des déclarations à l'action» en accueillant les réfugiés «dans un esprit de fraternité humaine» (https://www.religiondigital.org/mundo/Santa-Sede-solucion-dialogo-Afganistan_0_2371562837.html).
Comme le montre RFI.fr (https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20210825-en-afghanistan-le-chaos-et-la-peur-s-amplifient-%C3%A0-l-approche-du-31-ao%C3%BBt) la situation est plus que précaire et la peur règne. Les talibans demeurent intraitables face à l'évacuation de l'aéroport de Kaboul. Les nouveaux maîtres de l'Afghanistan ont réitéré mardi leur refus de reporter le retrait des forces américaines le 31 août. Selon leur porte-parole, Zabihulla Mujahid, seuls les étrangers seront autorisés à quitter le pays et pour les Afghans, interdiction de passer les barrages talibans. Les civils craignent désormais le pire. Plusieurs pays ont averti que le délai du 31 août ne sera pas suffisant pour évacuer tous ceux qui le souhaitent.
Le seul espoir contre les talibans se trouve dans la vallée du Panshir, située au nord-est de Kaboul, où les hommes formant la résistance aux talibans sont en plein entraînement. Difficile de connaître le nombre de combattants qui ont rejoint les forces rassemblées autour du commandant Ahmad Massoud, fils du commandant Massoud assassiné en 2001 par Al-Qaïda. Il dit vouloir poursuivre le combat face aux talibans, qui encerclent cette dernière poche de résistance que les islamistes ne sont pas parvenus à conquérir et qui s'étaient déjà opposé au précédent règne des talibans (1996-2001). Mais les experts doutent de la capacité de ces hommes à tenir longtemps face à une éventuelle offensive des islamistes. Le commandant Massoud n'exclut pas non plus de discuter avec les talibans. Mais pas question de se rendre, assure-t-il. Interrogé sur les rumeurs de reddition de ses combattants face aux talibans qui ont encerclé la vallée du Panshir, Ahmad Massoud les qualifie de "propagande" et de "désinformation". De leur côté, les talibans disent vouloir privilégier la négociation aux combats (https://fr.euronews.com/2021/08/25/afghanistan-la-resistance-aux-talibans-ne-cessera-pas-le-combat).
Depuis leur prise du pouvoir le 15 août, les talibans tentent de convaincre la population qu'ils ont changé et que leur régime sera moins brutal que le précédent, entre 1996 et 2001. Ils avaient alors imposé une version ultra-rigoriste de la loi islamique. Les femmes ne pouvaient ni travailler ni étudier, et voleurs et meurtriers encouraient de terribles châtiments. Mais l’ONU est loin d’être naïve, car les droits des femmes afghanes sont une "ligne rouge" que les talibans ne doivent pas franchir. C'est l'avertissement lancé par l'ONU après l'adoption d'une résolution de son Conseil des droits de l'homme qui prévoit la "nécessité d'enquêter rapidement et de manière transparente" sur toutes les allégations de violations des droits de l'homme et d'amener les responsables à rendre compte de leurs actes", mais (car il y a un mais au grand dam des ONG et de certains pays) qui ne prévoit pas de mécanisme d'investigation (https://fr.euronews.com/2021/08/25/les-droits-des-afghanes-la-ligne-rouge-de-l-onu).
Merci !
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