L'Église espagnole appelle à "faire un pas en avant" pour défendre la vie contre la nouvelle loi sur l'avortement

Publié le 18 Mai 2022

religiondigital.org nous montre dans son article du mardi 17 mai 2022 que le secrétaire général de la Conférence épiscopale espagnole (CEE), Luis Argüello, a qualifié de "mauvaise nouvelle" la loi qui réaffirme le droit à l'avortement en Espagne et a souligné la nécessité de faire "un pas en avant" en tant que société et en tant que Église pour défendre la vie et soutenir les femmes enceintes.

 

"La défense et la promotion de la vie est l'une des sources de la civilisation, c'est l'une des lignes rouges qui expriment la santé morale, l'espoir d'un peuple", a déclaré Argüello dans une vidéo transmise aux médias mardi. Selon lui, ratifier le droit à l'avortement, c'est continuer à affirmer «le droit du fort sur le faible lorsqu'il s'agit d'éliminer une vie nouvelle et différente qui existe dans le ventre de la mère», pour laquelle il revendique des conditions économiques, de travail et un logement permettant d'accueillir l'enfant. Dans ce contexte, elle encourage à faire «un pas en avant dans la défense de la vie, dans l'accueil de la vie nouvelle, dans l'accompagnement des mères enceintes» qui peuvent rencontrer des difficultés les faisant douter de la viabilité de leur grossesse. "Une société qui défend la vie jusqu'au dernier moment de la mort montre la santé morale d'une société et l'espoir de construire un avenir pour le bien commun", conclut-il.

 

C’est ici que la CEE se trompe, puisque lorsqu'une femme ne veut pas poursuivre une grossesse, elle mettra tout en œuvre pour ne pas la poursuivre. Restreindre l'accès à l'avortement ne réduit pas le nombre de procédures - cela mène les femmes et les jeunes filles à avoir recours à des procédures dangereuses, et c’est pour cela que l'accès à des avortements sûrs sauve des vies.  

 

Mais Luis Argüello oublie de préciser pourquoi cette loi a été faite. Comme le montre francetvinfo.fr (https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/un-monde-d-avance/l-espagne-va-renforcer-le-droit-a-l-avortement-et-instaurer-un-conge-pour-regles-douloureuses_5115295.html), au moment où les États-Unis semblent sur le point de revenir en arrière sur le droit de l'avortement, l'Espagne avance en sens inverse. Un projet de loi présenté ce mardi va au contraire renforcer l'accès à l'IVG.  L’objectif numéro un de ce texte présenté mardi 17 mai devant le Conseil des ministres, c'est que chaque femme puisse accéder à l'avortement dans un hôpital public à proximité de chez elle. Parce que dans la pratique, dans de nombreux hôpitaux publics, les médecins invoquent l'objection de conscience pour refuser de pratiquer les IVG. Conséquence : dans plusieurs régions du pays, comme celle de Tolède dans le Sud, aucun avortement n'est pratiqué. Et de nombreuses femmes doivent se rendre dans une région voisine pour pouvoir avorter. Dorénavant, les médecins qui refusent de pratiquer l'intervention devront s'inscrire sur un registre public. Et tous les hôpitaux auront l'obligation de trouver une solution. Le nouveau texte présenté par le gouvernement de gauche de Pedro Sanchez, prévoit également de supprimer le délai de trois jours de réflexion qui était imposé aux femmes souhaitant avorter. Elles pourront désormais le faire immédiatement.

 

Et au lieu de le limiter à l’avortement comme Luis Argüello, ce texte entend créer un nouveau droit qui serait une première en Europe. Il porte d'ailleurs officiellement sur "la protection des droits sexuels et reproductifs". Et son autre grande innovation est la création d'un congé menstruel : autrement dit la possibilité pour les femmes de poser 3 à 5 jours de congés en cas de règles douloureuses. En particulier en cas de crampes et de nausées. Seule une poignée de pays asiatiques (notamment le Japon et Taiwan) ont instauré ce droit jusqu'à présent. Certains syndicats sont d’ailleurs très critiques vis-à-vis de cette mesure car ils redoutent un effet de discrimination à l'embauche envers les femmes. Mais la ministre de l'égalité Irene Montero l'a répété lundi matin sur la radio espagnole Cadena Ser : la décision est prise et elle est "révolutionnaire". La réforme entend également garantir la gratuité des contraceptifs hormonaux et de la pilule du lendemain. En revanche, après des négociations un peu serrées au sein du gouvernement, l'idée d'une suppression de la TVA sur les produits d'hygiène féminine a été écartée. La TVA devrait donc être maintenue. De même le gouvernement a renoncé pour l'instant à élargir le congé maternité qui ne débute en Espagne que trois semaines avant le terme de la grossesse.  

 

Libération.fr (https://www.liberation.fr/international/europe/en-espagne-le-gouvernement-sanchez-veut-consolider-le-droit-a-lavortement-20220511_YFND7LUTXJHYFCEPQAUM77HP3Y/) nous montre aussi que l’exécutif envisage aussi d’autoriser les jeunes filles de 16 à 18 ans à avorter sans justifier du consentement de leurs parents, une disposition qui avait été inscrite dans le droit espagnol dès 2010 mais avait ensuite été abrogée, en 2015, par le gouvernement du Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy. Le sujet était revenu sur le devant de la scène quelques années plus tard, quand un jeune homme avait été arrêté après avoir jeté son nouveau-né dans une rivière, près de Barcelone. La presse avait révélé que la mère du nourrisson, 16 ans, avait tenté d’avorter mais, faute d’accord de ses parents à qui elle avait caché sa grossesse, elle avait été confrontée au refus des services municipaux.

 

Ce projet de loi a de bonnes chances d'aboutir : une majorité au Parlement devrait se dégager. D'autant que le texte est donc déjà le fruit de négociations et de compromis au sein du gouvernement, négociations qui ont duré jusqu'au dernier moment : le texte n'était pas bouclé il y a encore une semaine. Il faudra compter ensuite avec de possibles recours constitutionnels des partis de droite, le PP (parti populaire) et le mouvement d’extrême droite, Vox. Mais le Tribunal Constitutionnel espagnol est composé d’une majorité de juges considérés comme "progressistes", 7 contre 5. C’est là aussi toute la différence avec les États-Unis.

 

Enfin, comme le signale Libération.fr (https://www.liberation.fr/international/europe/en-espagne-le-gouvernement-sanchez-veut-consolider-le-droit-a-lavortement-20220511_YFND7LUTXJHYFCEPQAUM77HP3Y/), en 2014, le droit à l’avortement avait failli être supprimé par le PP, qui avait adopté en Conseil des ministres un texte interdisant le recours à la procédure sauf en cas de viol ou de difficultés psychologiques pour la femme, finalement enterré en raison de la mobilisation populaire et des divisions internes au sein du parti. Mais il continue de subir les coups de boutoir des milieux conservateurs et catholiques, déchaînés par les succès du parti d’extrême droite Vox, catégoriquement anti-avortement. Plusieurs organisations de cette mouvance se sont fait connaître en s’en prenant directement aux cliniques qui pratiquent des IVG, au point que près de 9 femmes sur 10 disaient, dans un rapport de 2018, s’être senties harcelées lorsqu’elles s’étaient rendues dans un établissement de ce type. Et que la majorité au pouvoir s’est résolue à légiférer, au printemps, en criminalisant «l’entrave à l’exercice du droit à l’interruption volontaire de grossesse».

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

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