L’Église catholique en France et la réforme des retraites
Publié le 24 Mars 2023
Le conflit social autour de la réforme des retraites voit l’Église catholique observer le mouvement avec une certaine prudence mais elle promeut l’engagement des chrétiens au sein des différents mouvements comme l’Action catholique ouvrière (ACO) qui a fait partie des manifestations le 11 et le 15 mars 2023 à Paris, durant laquelle le cortège a mis plus de 4 heures pour relier la place des Invalides et celle d'Italie dans une belle ambiance dans les défilés syndicaux, toujours aussi combatifs pour que cette réforme des retraites ne passe pas (https://www.facebook.com/photo/?fbid=575717631256192&set=pcb.575717891256166&locale=fr_FR), ou la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) qui fit partie de l’appel des organisations syndicales et de jeunesse intitulé «Nous demandons le retrait du projet de loi sur les retraites» publié sur l’Humanité le jeudi 16 mars 2023 (https://www.humanite.fr/en-debat/reforme-des-retraites/nous-demandons-le-retrait-du-projet-de-loi-sur-les-retraites-786777). Après la décision prise par le gouvernement d’Elisabeth Borne pour faire passer sa réforme sur les retraites, l’Action Catholique Ouvrière appelle à poursuivre le mouvement social aux côtés des syndicats et notamment, à manifester le jeudi 23 mars (https://acofrance.fr/L-ACO-reagit-a-l-utilisation-du-49-3-sur-les-retraites). Les Chrétiens dans le Monde Rural (CMR) ont partagés la réaction de l'Action Catholique Ouvrière sur l'usage du 49.3 et sur la réforme des retraites (https://www.facebook.com/photo/?fbid=576692341158721&set=a.455140823313874&locale=fr_FR). Comme la motion de censure LIOT a été rejetée à 9 voix près ce lundi soir par les députés, ouvrant la voie à une mise en œuvre de la réforme des retraites. Les Chrétiens dans L'Action Catholique Ouvrière appelle donc plus que jamais à participer aux manifestations intersyndicales jeudi 23 mars partout en France (https://www.facebook.com/photo/?fbid=578565610971394&set=a.455140823313874&locale=fr_FR).
Si l’Église en France peut se montrer prudente, c’est que ni le recul de l’âge légal de départ, ni l’objectif d’une retraite minimale à 85 % du smic pour une carrière complète ne devraient avoir un impact majeur sur la retraite des prêtres, religieux et religieuses (https://www.la-croix.com/Economie/Retraites-changer-reforme-lEglise-2023-02-26-1201256833). Cependant le 31 janvier 2023, sur RCF.fr (https://www.rcf.fr/articles/vie-spirituelle/leglise-peutelle-se-positionner-sur-la-reforme-des-retraites-parole) l’évêque de Nancy, Mgr Papin pense que l’Église a quelque chose à dire sur ces questions. «Bien sûr, la mission de l’Église n’est pas de se positionner sur l’âge du départ à la retraite. Par contre, il est dans sa mission d’appeler à la justice sociale, à la prise en compte des personnes fragilisées par un travail pénible, à ce que notre société donne à chacune et chacun des conditions de retraite qui leur permettent de vivre dignement cette étape de la vie. Or, on voit que pour un bon nombre de gens, il s’agit de survivre», regrette l’évêque de Nancy et de Toul. Au-delà des retraites, c’est surtout «un profond malaise concernant le travail» qui ressort de ce mouvement social. «On a changé d’époque. Il y a quelques dizaines d’années, le travail était considéré comme le moyen de s’accomplir personnellement et de contribuer au bien commun. C’était un lieu majeur de socialisation», explique Mgr Papin. «Aujourd’hui, le travail apparait comme une activité subie, parfois déshumanisante, qu’il faut abréger le plus possible. Comme si la vraie vie était ailleurs. En même temps que l’on traite de la question des retraites, on devrait traiter de la question du travail».
Dans une interview parue dans le quotidien La Croix le 25 janvier 2023 (https://www.la-croix.com/Religion/Retraites-comment-lEglise-tente-positionner-reforme-2023-01-25-1201252237), le père Grégoire Catta défend avec conviction que les questions sociales agitant le pays ne sont «pas étrangères à notre foi». Tout en mentionnant le pape François qui accorde une place majeure à la question sociale dans son souci d’évangélisation, le père Grégoire Catta indique que ces questions sociales «le sont autant que les questions sociétales ou de bioéthique et nous avons sans doute besoin de le rappeler». Il encourage alors à s’engager en s’appuyant sur «la dernière grande encyclique sociale, Fratelli tutti, qui se structure autour de la méditation de la parabole du Bon Samaritain», et insiste en indiquant que «cela ne va pas nous dire s’il faut bouger l’âge légal de départ à la retraite, mais cela nous permet de nous poser les bonnes questions avec le souci des plus faibles et des plus fragiles.» Pour le père Grégoire Catta, la doctrine sociale de l’Église offre un appui «pour évaluer un projet de loi à l’aune de grands principes : la solidarité, l’option préférentielle pour les pauvres ou encore la poursuite du bien commun», et non «pour dire au nom de l’Église qu’il faut telle ou telle réforme des retraites». Et dans Focus Dimanche sur RTL le 12 février 2023 (https://twitter.com/RTLFrance/status/1624744124397064196?lang=fr) au micro de Mohamed Bouhafsi, l'évêque de Créteil, Mgr Dominique Blanchet assure qu’"Il faut prendre en compte l'inquiétude pour l'avenir et notamment de la paupérisation" au sujet de la réforme des retraites.
Comme le monte l’ACO, la manifestation parisienne pour les retraites dignes du jeudi 23 mars 2023 est un succès historique: de 119 000 à 800 000 participants selon les sources. Arrivés à 14h3O place de la Bastille, les manifestants ont attendu 16h pour pouvoir emprunter le boulevard Beaumarchais. Et à 18h, la queue du cortège passait seulement place de la République, le terme du défilé étant la place de l'opéra. (https://www.facebook.com/acofrance/?locale=fr_FR). Les manifestations de jeudi ont donc rassemblé 1,08 million de personnes selon le ministère de l’intérieur – 3,5 millions selon la CGT. Selon le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, 457 interpellations ont été effectuées en France, et 441 policiers et gendarmes ont été blessés. À Bordeaux, le porche de l’hôtel de ville a été brièvement incendié. À Nantes, des manifestants se sont introduits dans le tribunal administratif, saccageant l’accueil. Plusieurs commerces ont été dégradés. À Lorient (Morbihan), le commissariat et les forces de l’ordre ont été pris pour cible par des manifestants, en grande partie des jeunes au visage dissimulé. Mais, on ne peut pas mettre sur le compte des syndicats ces violences souvent faites en fin de cortège par les "black blocs" voulant prendre pour cible les forces de l’ordre après que les manifestants se dispersent. Les grèves et manifestations «sont une réponse à l’entêtement incompréhensible d’Emmanuel Macron», ont déclaré les syndicats. Et d’ajouter : «Le puissant rejet de ce projet est légitime et doit se poursuivre», avant d’appeler à une nouvelle journée nationale de mobilisation mardi 28 mars. Laurent Berger appelle à «mettre sur pause» la réforme des retraites pour apaiser le pays (https://www.lemonde.fr/politique/live/2023/03/24/reforme-des-retraites-en-direct-suivez-les-suites-de-la-contestation-sociale-apres-la-journee-de-manifestation_6166788_823448.html).
La situation est bloquée du fait que le président de la République s’entête alors que rien ne l’oblige à faire une réforme des retraites puisque les réformes précédentes n’ont pas fini de produire leurs effets, et financièrement, le système est stabilisé. Le déficit de dix milliards en 2027 n’est pas un danger est à l’échelle des retraites, car pour résorber ce déficit, il suffirait d’augmenter un peu les cotisations. En réalité, Le gouvernement met en scène le déficit pour dissimuler les vraies raisons de la réforme, en gros dégager des excédents, en vue de baisser les impôts des entreprises. Et mettre davantage de gens en emploi. Autrement dit, travailler plus pour produire plus, cependant en décalant l’âge légal à 65 ans, certes, on maintient en activité ceux qui peuvent travailler jusqu’à la retraite, des cadres par exemple. On augmente donc le taux d’emploi (56 % aujourd’hui entre 55 et 64 ans), mais on accroît aussi la période d’inactivité de ceux qui n’ont plus la chance ou la possibilité d’avoir un emploi (https://www.ouest-france.fr/economie/retraites/faut-il-une-reforme-des-retraites-voici-les-reponses-divergentes-de-deux-experts-c5a5001c-7726-11ed-b022-b5852c53ff22).
Merci !
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