L'évêque Jacques Gaillot, figure contestataire et progressiste au sein de l'Eglise, est mort à 87 ans

Publié le 13 Avril 2023

francetvinfo.fr avec l’AFP nous montre qu’il avait défendu la cause des divorcés, des homosexuels, des immigrés, ou encore le droit au blasphème. L'évêque Jacques Gaillot est mort, mercredi 12 avril 2023, à l'âge de 87 ans, a annoncé la Conférence des évêques de France (CEF). Il avait été hospitalisé à Paris pour un cancer du pancréas, selon le diocèse d'Evreux. «Il est mort apaisé, serein, entouré de ses proches», a ajouté la même source.

 

Mgr Gaillot était né le 11 septembre 1935 à Saint-Dizier (Haute-Marne), fils de négociants en vins. Il était licencié en théologie et diplômé de l’Institut de liturgie, et fut ordonné prêtre en mars 1961, après avoir été mobilisé 28 mois en Algérie. Après une ascension régulière dans la hiérarchie ecclésiastique, il est évêque d’Évreux pendant 13 ans (1982-1995) (https://www.ouest-france.fr/societe/religions/leveque-contestataire-jacques-gaillot-est-mort-a-87-ans-c5eda32a-d960-11ed-a8f2-3d52644ec35b), l'évêque avait été déchargé par le Vatican en 1995 de ses fonctions à la tête de l'évêché d'Evreux en raison de ses positions contestataires. Très engagé sur les terrains sociaux, il avait été critiqué dans l'épiscopat français en raison de ses prises de position qui sortaient de la réserve requise pour les évêques. Il avait, en 1983, voté contre le texte «trop prudent» des évêques de France sur le nucléaire, note le journal La Croix (https://www.cath.ch/newsf/france-leveque-contestataire-mgr-jacques-gaillot-est-decede/).

 

Ses prises de position volontiers provocatrices (il est en faveur du mariage des prêtres et des préservatifs pour lutter contre le sida par exemple) vont lui valoir progressivement une image d'évêque marginal, en conflit de plus en plus ouvert avec l'Église. Il avait également provoqué une polémique en défendant publiquement La dernière tentation du Christ, de Martin Scorsese (1988), qui avait fait scandale en présentant une relation entre Jésus et Marie-Madeleine (https://www.cath.ch/newsf/france-leveque-contestataire-mgr-jacques-gaillot-est-decede/).  Le bateau tangue une première fois en février 1989, lorsque Mgr Gaillot accorde une interview au mensuel Lui et à l'hebdomadaire des homosexuels Gay-Pied (https://www.france24.com/fr/france/20230413-l-%C3%A9v%C3%AAque-contestataire-jacques-gaillot-est-mort-%C3%A0-l-%C3%A2ge-de-87-ans).

 

Le Vatican, "désorienté", demande alors aux évêques de France de faire le ménage chez eux. Son limogeage avait été perçu comme une sanction des conservateurs, appuyés par Jean-Paul II. Cette éviction d'un évêque populaire, médiatique et perçu comme progressiste suscita une forte émotion en France, avec de nombreuses manifestations de soutien. À Évreux, plusieurs milliers de personnes assistent à sa messe d'adieu le 22 janvier 1995 (https://www.france24.com/fr/france/20230413-l-%C3%A9v%C3%AAque-contestataire-jacques-gaillot-est-mort-%C3%A0-l-%C3%A2ge-de-87-ans). Après son éviction du diocèse d'Evreux, il avait été nommé à titre honorifique évêque "in partibus" de Partenia, un diocèse de Mauritanie disparu au Ve siècle. Jacques Gaillot fait alors de ce diocèse "virtuel" un instrument de défense des exclus (sans-papiers, SDF, etc.).

 

Il était co-président de l'association "Droits devant!", qu'il avait créée en 1994 avec le chanteur Jacques Higelin, le médecin Léon Schwartzenberg et le philosophe Albert Jacquard, et qui lutte contre la précarité et l'exclusion. Invité régulier sur les plateaux de télévision, il défendait les occupations d'immeubles inoccupés par des familles de mal-logés, l'utilisation de préservatifs pour lutter contre le sida, la pilule abortive, l'ordination d'hommes mariés. En juillet 1995, il embarque à bord du Rainbow Warrior lors de la campagne de Greenpeace contre la reprise des essais nucléaires français dans le Pacifique. À l'été 1996, il participe activement à l'occupation de l'église Saint-Bernard à Paris par quelque 300 Africains sans-papiers (https://www.france24.com/fr/france/20230413-l-%C3%A9v%C3%AAque-contestataire-jacques-gaillot-est-mort-%C3%A0-l-%C3%A2ge-de-87-ans).

 

Mgr Gaillot a par ailleurs reconnu, en 2010, avoir accueilli dans son diocèse un prêtre coupable d'actes pédocriminels. Ce prêtre canadien, Denis Vadeboncoeur, avait été autorisé par l'Église à exercer en France malgré une condamnation à 20 mois de prison au Canada en 1985 pour de multiples faits de pédocriminalité. Mgr Jacques Gaillot, au courant de ces faits, l'avait pourtant nommé en 1988 curé et vicaire épiscopal, le mettant en contact avec des enfants dans l'ouest de l'Eure. Il a reconnu "une erreur" et expliquait qu'"à l'époque, l'Église fonctionnait ainsi" (https://www.france24.com/fr/france/20230413-l-%C3%A9v%C3%AAque-contestataire-jacques-gaillot-est-mort-%C3%A0-l-%C3%A2ge-de-87-ans).

 

L’élection du pape François, en 2013, avait rapproché son action de la ligne de l’Église, en particulier après l’appel de l’Argentin à aller «aux périphéries». L’ancien évêque d’Évreux saluait «un pape qui apporte la nouveauté à l’Église». «Il a une ouverture universelle et veut que l’Église réponde aux besoins de son temps», affirmait-il en 2017 dans une vidéo du journal Le Parisien (https://www.cath.ch/newsf/france-leveque-contestataire-mgr-jacques-gaillot-est-decede/).

 

En septembre 2015, il avait été reçu par le pape François pendant près d'une heure. "Le pape a dit à monseigneur Gaillot : 'Ce que vous faites pour les exclus, c'est bien'", avait rapporté France Télévisions. Il avait alors confié à l'AFP avoir été "déstabilisé" par l'accueil informel du pape François au Vatican. "J'étais dans un parloir de la Maison Sainte-Marthe (où réside le pape) et une porte s'ouvre : c'est le pape qui rentre, simplement. La réunion s'est passée de manière familiale, sans protocole. C'est vraiment un homme libre. À un moment il s'est levé et a dit : vous avez un photographe ? Comme il n'y en avait pas, nous avons pris (une photo) avec un (téléphone) portable", avait-il alors raconté (https://www.france24.com/fr/france/20230413-l-%C3%A9v%C3%AAque-contestataire-jacques-gaillot-est-mort-%C3%A0-l-%C3%A2ge-de-87-ans).  

 

«Si l’Église n’évolue pas, elle disparaîtra», confiait-il au Parisien, en 2015, fidèle à lui même; vingt ans après sa destitution. «Il faut que l’Église accompagne les mouvements de société. Là, elle essaie de prendre le train en marche. Elle est trop conservatrice, il ne s’y passe pas grand-chose. Sur les homosexuels, son regard officiel n’a pas évolué. Concernant le mariage pour tous, pour lequel j’ai manifesté, elle a freiné des quatre fers. C’est pourtant un événement majeur (...) Nos modèles anciens ne marchent plus», estimait-il (https://www.leparisien.fr/societe/deces-de-jacques-gaillot-leveque-contestataire-a-87-ans-12-04-2023-5FDPWWJHRFCZFIF6UUV2BUIJFU.php).  "Jusqu'à encore récemment, il continuait à aller voir des prisonniers en prison", a expliqué de son côté l'un de ses proches, cité par l'AFP. Il précise que Jacques Gaillot était "toujours président honoraire de Droits devant !, association de défense des exclus et des sans-abri".

 

Sur Twitter, la Fondation Abbé-Pierre «tient à rendre un hommage appuyé à la mémoire de celui qui fut nommé évêque de Partenia, parce qu’il parlait trop, trop fort». "Au-delà de certaines prises de position qui ont pu diviser, nous nous rappelons qu'il a surtout gardé le souci des plus pauvres et des périphéries", a déclaré la CEF (https://www.leparisien.fr/societe/deces-de-jacques-gaillot-leveque-contestataire-a-87-ans-12-04-2023-5FDPWWJHRFCZFIF6UUV2BUIJFU.php).

 

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités de l'Église

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