Brésil: un texte visant à criminaliser l'avortement - même issu d'un viol - fait polémique
Publié le 16 Juin 2024
RFI.fr nous montre ce dimanche 16 juin 2024 qu’au Brésil, un projet de loi anti-avortement fait polémique. Ce projet propose de durcir la législation qui criminalise l’interruption volontaire de grossesse en mettant sur un pied d’égalité un homicide et un avortement réalisé au-delà de 22 semaines de gestation.
L’IVG est déjà illégale au Brésil, sauf en cas de viol, de danger pour la vie de la mère, ou d’anomalie cérébrale du fœtus. Avec ce projet, même les cas «légaux» pourront être criminalisés. Si une femme, victime d’un viol, pratique un avortement après la 22e semaine de gestation, elle pourra être condamnée à une plus lourde peine que son violeur. Son acte sera qualifié d’homicide, avec une peine pouvant aller de six à vingt ans d’emprisonnement, soit le double des peines prononcées pour viol. La proposition vient d’un député de droite de Rio de Janeiro, soutenu par une trentaine de députés hommes, en majorité issus du Parti Libéral, le parti de l’ancien président Jair Bolsonaro. Si elle était approuvée, cette loi rapprocherait le Brésil de pays comme l’Afghanistan ou l’Indonésie en terme de loi anti-avortement.
Cette semaine, le projet de loi a déclenché une vague de manifestations dans tout le pays. Ce jeudi 13 juin, des manifestants du camp progressiste sont sortis dans les rues pour dénoncer ce qu’ils appellent le «projet de loi du violeur», sous le slogan : «Être une fille n’est pas être une mère». Les détracteurs du projet rappellent que ce type de loi pourrait fragiliser particulièrement les enfants de moins de 14 ans. Car c’est justement le groupe qui peut avoir besoin de recourir à un avortement au-delà du troisième semestre, car à cet âge, les gestations sont plus difficiles à repérer. Selon les chiffres du système public de santé, entre 2012 et 2022, plus de 247 000 enfants, âgés de 10 à 14 ans, sont devenues mères au Brésil.
Le projet est venu d’une manœuvre parlementaire a permis que le projet de loi, émanant du député évangélique Sostenes Cavalcante, a été approuvé pour passer en urgence devant la Chambre des députés, lors d’un vote éclair qui a duré près de 24 secondes. Ce qui veut dire qu’il ne passera pas par des commissions thématiques, et poursuivra son chemin directement en séance plénière, où les conservateurs disposent d’une solide majorité (https://www.la-croix.com/international/au-bresil-vive-polemique-a-propos-des-restrictions-drastiques-a-l-avortement-20240616). Mais ce projet de loi illustre aussi le bras de fer entre les différents pouvoirs au Brésil.
Dans un communiqué, la Conférence nationale des évêques brésiliens (CNBB) a soutenu ce texte, avec nuance. «L’Église catholique considère actuellement que l’approbation de ce projet de loi est importante, mais reste attentive à l’adoption d’autres projets de loi qui garantissent tous les droits des enfants à naître et des femmes enceintes », affirment le président de la CNBB Jaime Spengler et trois évêques, au nom de la « défense et de la protection de la vie dans toutes ses étapes, de la conception à la mort naturelle» (https://www.la-croix.com/international/au-bresil-vive-polemique-a-propos-des-restrictions-drastiques-a-l-avortement-20240616).
En voyage officiel en Europe, le président Lula s’est brièvement exprimé sur le sujet. S’il réaffirme être contre l’avortement «à titre personnel», il a jugé le projet de loi de «folie» et souligné que l’avortement doit être traité comme une question de santé publique. Au Brésil une jeune fille de moins de 13 ans est violée toutes les quinze minutes, selon des statistiques officielles.
«Une telle injustice est intolérable !», s’indigne la Commission Arns pour la défense des droits de l’homme. Ce groupe de défense des droits humains exige de «barrer la route à cette escalade obscurantiste». «C’est une infamie contre les femmes brésiliennes, surtout envers les adolescentes, qui représentent une partie significative des cas de viol dans le pays. En plus, cette loi va particulièrement toucher des filles et des femmes pauvres, majoritairement des Noires et des habitantes de la périphérie qui n’ont pas accès aux services appropriés en matière d’interruption de la grossesse», estime la Commission (https://www.la-croix.com/international/au-bresil-vive-polemique-a-propos-des-restrictions-drastiques-a-l-avortement-20240616).
Merci !
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