Maxime Macé et Pierre Plottu dans Libération.fr nous montre dans leur article du dimanche 24 octobre 2025 qu’hier païens autoproclamés, aujourd’hui cathos «tradi» : les identitaires se découvrent une ferveur religieuse. Longtemps indifférents, voire hostiles, à la foi chrétienne, les identitaires ont entamé un virage religieux avec la Manif pour tous en 2013 qui va finir de rassembler les Identitaires autour de la foi, où la doctrine catholique, essentiellement traditionaliste, constitue un pilier de leur conception civilisationnel et suprémaciste du monde. Du rejet du «christianisme oriental» à l’embrigadement sous la bannière du Sacré-Cœur, l’extrême droite française recycle la foi, éloignée de l’Église moderne qu’ils conspuent, pour mieux nourrir son discours civilisationnel. Les solstices païens sont remplacés par les feux de la Saint-Jean comme c’est notamment le cas au Mouvement chouan de Jean-Eudes Gannat, une organisation qui regroupe des groupuscules identitaires de l’ouest de la France. Ils sont nombreux à participer désormais aux pèlerinages de Chartres cette marche au départ de Paris, qui rallie la cité du sacre d’Henri IV, rassemble chaque année des milliers d’aficionados de la messe en latin. Leurs ennemis sont les communistes, les francs-maçons, les mondialistes, les wokistes, les libéraux, les progressistes, les sans Dieu et ceux qui adorent de faux dieux, les hérétiques et les schismatiques, les socialistes, de droite comme de gauche.
Signe d’une prise de confiance des identitaires au sein du mouvement traditionaliste, le leader d’Academia christiana s’est permis de donner des conseils au nouveau président de la Conférence des évêques de France, monseigneur Jean-Marc Aveline, élu en avril dernier et réputé progressiste. «La génération montante n’attend pas des consignes de vote mais des repères, de la clarté, de la solidité et une belle liturgie. On rejette la tiédeur et une Église qui n’ose pas dire la vérité», l’a prévenu le militant identitaire sur une radio d’extrême droite. Et même promis à une dissolution par Gérald Darmanin en 2023, la dissolution de l’Assemblée, les législatives et les différents changements de gouvernement étant passés par-là, ont permis au groupuscule Academia Christiana, vitrine catholique de l’ultra-droite, d’y échapper et de trouver la parade : se fragmenter pour se décliner en cercles locaux afin d’échapper à une éventuelle interdiction (https://www.liberation.fr/politique/sous-la-menace-dune-dissolution-les-identitaires-cathos-dacademia-christiana-multiplient-les-associations-20250824_MVPUDQDENZADPFLZTBBM6ULQ2I/).
Et comme nous le montre Radio France (https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-l-actu-du-lundi-23-juin-2025-2541117), l’extrême-droite se déguise "en vert" pour s’implanter dans les campagnes comme dans la petite ville de Sée, 4000 habitants, en Normandie Victor Aubert, un jeune homme qui a aussi lancé le programme Comunitas Chistiana. Le but : promouvoir les idées identitaires et catholiques traditionalistes en s’implantant à la campagne. Et une dizaine de "communautés enracinées" sont apparues récemment. Par exemple, Auvernha Christiana, aux alentours de Clermont-Ferrand, Liga Carcinola à Brive-la-Gaillarde, le Cœur yonnais en Vendée, ou encore Des Tours et des lys, en Touraine. Leur espoir : que ce qu’ils appellent des "isolats de civilisation autochtone" soient les "points de départ à la reconquête de notre pays". C’est un discours d’extrême droite qui est tenu par Comunitas chistiana. Derrière la promotion du retour à la terre, des chantiers collectifs et du contact avec la nature, c’est bien une idéologie raciste qui guide leurs actions. Leur crainte majeure est que la proportion de catholiques pratiquants recule par rapport à celle des musulmans.
Et ils ne comptent pas y arriver qu’en ouvrant des cafés et en livrant des paniers de légumes. Victor Aubert, le jeune homme qui a donc lancé ce programme, est aussi à la tête d’une autre organisation, Academia Cristiana, qui légitime le recours à la violence physique, incite ses militants à apprendre le maniement des armes et à partir en "croisade". La communauté de Touraine, des Tours et des Lys, s’est déjà faite remarquer localement : elle a mis la pression contre des événements avec des drag queen ou des hébergements de mineurs isolés. Et Comunitas Christiana n’est pas le seul mouvement d’extrême-droite à encourager la création de communautés rurales. C’est une stratégie plus globale de l’extrême-droite française. Par exemple, les royalistes de l’Action française prônent l’enracinement, le terroir et la décroissance. Génération identitaire encourage aussi ce retour à la terre et la création de "zones identitaires à défendre".
Enfin, lemonde.fr (https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/08/16/comment-la-droite-reactionnaire-a-fait-main-basse-sur-le-spectacle-historique_6630190_823448.html), nous montre que portée par le succès du Puy du Fou et les financements de Pierre-Edouard Stérin, la «cathosphère» multiplie les projets mettant en scène la France prérévolutionnaire, dans le but avoué de retisser le «roman national». Certains adhèrent aux préceptes d’Academia Christiana, une organisation identitaire dont le ministère de l’intérieur réclame la dissolution pour ses discours d’incitation à la violence. C’est le cas des dirigeants de Murmures de la cité, auteurs d’une fresque sur l’histoire de France jouée à Moulins, dans l’Allier, en juillet. Plus ambitieux, le spectacle La Dame de pierre, un hommage à la cathédrale de Paris qui a rempli plusieurs fois le Palais des Congrès, est lui aussi noyauté par plusieurs sympathisants d’Academia Christiana et des royalistes de l’Action française de Vendée. A Sées (Orne), l’Institut Croix-des-Vents, point de ralliement de l’extrême droite catholique, a aussi «son» spectacle depuis deux ans : mis en scène par un professeur et joué par des élèves de cet établissement hors contrat, sous l’égide de la Fraternité Saint-Pie-X, il exalte le chef de la chouannerie normande sous la Révolution. Autre pourfendeur de la «déconstruction», Dimitri Casali, auteur d’ouvrages sur l’histoire de France aussi politiques que controversés, a relancé ses «opéras rock historiques» avec le soutien du Fonds du bien commun. D’autres projets prospèrent sans l’aide de Pierre-Edouard Stérin mais avec celle de collectivités tenues par la droite conservatrice.
L’extrême droite n’a rien à faire dans l’Église catholique, sa rhétorique nauséabonde sacralise l’identité nationale et politise le christianisme, son recours à la foi devient donc un levier pour exclure, oubliant allégrement que Jésus ne nous demande pas de hiérarchiser notre amour pour les autres, mais d’aimer notre prochain.
Merci !