Olivier Perret, auteur de l'ouvrage enquête "La face cachée de l'Emmanuel : enquête sur la plus influente communauté catholique de France", et collaborateur du média Golias. nous livre deux articles dans Mediapart et le nouvelobs nous montrant les dérives des communautés nouvelles, tout comme celui d’Adrien Giraud, un auteur-journaliste basé à Lyon sur Rue89, et celui de Laurence Faure dans lavie.fr. Comme tous ceux qui vont sur notre blog le savent, nous avons une grande méfiance envers les communautés nouvelles et nous l’avons jamais caché.
Tout d’abord la tribune «La Communauté de l'Emmanuel face aux violences sexuelles en son sein» du lundi 20 avril sur mediapart.fr (https://blogs.mediapart.fr/perret-olivier/blog/200426/la-communaute-de-lemmanuel-face-aux-violences-sexuelles-en-son-sein) qui nous montre que la Communauté de l'Emmanuel est la communauté catholique la plus influente de France. Dans le cadre de son ouvrage enquête «La face cachée de l'Emmanuel», il s’est intéressé à plusieurs faits ou accusations de violences sexuelles en lien avec des prêtres de cette communauté pour lesquels des évêques influents issus de l'Emmanuel comme Yves Le Saux, évêque du Mans jusqu'en 2022, puis d'Annecy, ou Guy de Kerimel, archevêque de Toulouse, se sont illustrés par leur très mauvaise gestion, voire leur complaisance, à l'égard de confrères problématiques. Malgré les tentatives de détourner notre regard du sujet des violences sexuelles au sein de la Communauté, les faits sont tenaces. L’Emmanuel est sous le coup d’une visite apostolique lancée par le Vatican, notamment pour sa gestion problématique des abus. Ces dernières années, plusieurs affaires d’emprise psychologique, de violences sexuelles, voire de pédocriminalité, concernant des prêtres de l’Emmanuel ont été révélées. Manque de transparence dans les communiqués concernant des prêtres communautaires déviants; défaillances graves dans la gestion de certains prêtres accusés d’agressions ou de viols [Benoit Moulay; Bernard Peyrous]; ou encore une règle de la «non critique» toujours ancrée dans les consciences des communautaires et dans le Coutumier de l’Emmanuel, la liste est longue des dysfonctionnements au sein de l’Emmanuel sur ce sujet de la gestion des violences sexuelles.
Même si dès 2019, les responsables de l'Emmanuel ont mis en place une structure interne de lutte contre les abus et de prise en charge des victimes, intitulée Commission de prévention et de lutte contre les abus (CPLA), cependant, les responsables de l’Emmanuel ont menti pendant plusieurs années pour justifier la non-adhésion de la Communauté à la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR) mise en place par la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF) suite au rapport de la CIASE. La mission de cette commission indépendante est de proposer un accompagnement et une réparation aux victimes majeures, et elle a finalement adhéré à la CRR le 9 avril 2026, soit six mois après la publication de l’ouvrage d’Olivier Perret reprenant les propos de la déléguée générale de cette commission dénonçant l'hypocrisie des responsables de l'Emmanuel sur ce sujet. Comme à chaque fois avec les responsables de l'Emmanuel, au lieu de reconnaître qu'ils ont commis une faute grave en ne rejoignant pas la CRR pendant des années tout en invoquant des raisons fallacieuses, ils ont simplement modifié le site internet de la Communauté pour indiquer : «La Communauté de l'Emmanuel a adhéré le 9 avril 2026 à la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR) [...] Cette décision s'inscrit dans une volonté déterminée de permettre aux personnes concernées de s'adresser, si elles le souhaitent, à une instance extérieure à la Communauté de l'Emmanuel, en toute liberté». Finalement, comme le signale la-croix.com (https://www.la-croix.com/religion/la-communaute-de-l-emmanuel-adhere-a-la-commission-reconnaissance-et-reparation-20260424), la communauté de l’Emmanuel a déclaré, mardi 21 avril 2026, son adhésion à la Commission reconnaissance et réparation, pour les victimes de violences sexuelles. La communauté n’avait pas le choix, car la visite apostolique décidée par le Vatican en 2025 qui est en cours dans la communauté charismatique pourrait ne pas être bonne.
Et comme il le montre dans nouvelobs.com (https://www.nouvelobs.com/opinions/20260403.OBS113858/derriere-les-films-david-et-sacre-c-ur-une-communaute-catholique-coutumiere-des-derives.html) la communauté ultraconservatrice de l’Emmanuel tire profit de la distribution de ces films à grand succès notamment «David», distribué en France par la société Saje, cette société de distribution soutenue financièrement dès sa création par la Communauté de l’Emmanuel, qui possède encore aujourd’hui 14,28 % du capital, et dont le fondateur Hubert de Torcy, membre de l’Emmanuel, et «Sacré Cœur», dans lequel des scènes du film ont pourtant été tournées au sein du sanctuaire du Sacré Cœur, géré par l’Emmanuel depuis 1986. Trois prêtres de cette communauté et deux personnes très proches d’elle comptent parmi les intervenants du film, et De plus, les deux réalisateurs Sabrina et Steven J. Gunnell ont édité un livre («Objectif Dieu. Quand un couple fait le pari de la Providence») au sein de la maison d’édition de l’Emmanuel en 2024. Il est incontestable que le carton de «Sacré Cœur» a pleinement profité à l’Emmanuel, à la fois en matière de visibilité, mais aussi économiquement – le film ayant rapporté près de 1,5 million d’euros à Saje, selon le journal «L’Informé». Or, les positionnements et les dérives de cette communauté catholique auraient dû être des raisons supplémentaires de s’interroger sur certains objectifs de ce film, qui servent clairement ses intérêts.Au-delà de son rôle dans la Manif pour tous, de sa promotion et de l’invitation à ses camps d’été de 2015 à 2017 de l’association Courage, accusée d’avoir pratiqué des «thérapies de conversion» sur des homosexuels, de l’organisation de camps de «revirilisation» d’hommes appelés Optimum, l’Emmanuel est actuellement sur le devant de la scène pour des affaires de violences sexuelles, voire pédocriminelles, concernant plusieurs de ses prêtres. Les «insuffisances dans le traitement des cas d’abus» au sein de cette communauté ont en partie conduit à la mise en place par le Vatican d’une visite apostolique le 24 octobre 2025 (comme le rapportait le média catholique «La Vie»), forme d’audit pouvant donner lieu à des sanctions. Cette visite apostolique, menée par l’évêque de Dijon, Antoine Hérouard, est toujours en cours. La réussite de Saje, dans la mesure où elle bénéficie à la communauté de l’Emmanuel, n’est en rien une bonne nouvelle.
Enfin, comme nous le montre Adrien Giraud dans Info Rue89Lyon (https://www.rue89lyon.fr/2026/04/22/derives-sectaires-et-emprise-psychologique-la-face-cachee-de-la-communaute-exemplaire-du-chemin-neuf/), que fondée à Lyon, la communauté catholique du Chemin Neuf est considérée comme un modèle en matière de modernité et d’ouverture à la jeunesse. Sa communication est rodée, efficace, omniprésente sur les réseaux sociaux. Figure de proue de cette stratégie : sœur Albertine, sœur consacrée suivie par plus de 300 000 abonnés sur TikTok et Instagram, invitée (notamment) sur France Inter en janvier 2024. Mais d’anciens membres alertent sur les dangers de cette communauté religieuse et des cas d’emprise psychologique et d’abus spirituels, car cela fait plusieurs mois maintenant, que des échanges individuels ont lieu entre le «Chemin Neuf» et ces anciens membres ou proches de cette communauté catholique du Renouveau charismatique, qui insatisfaits de ces échanges, réalisés notamment via la cellule d’écoute interne à la communauté, certains de ces anciens membres se sont constitués en collectif nommé «Après le Chemin Neuf», avec trois anciennes sœurs consacrées (engagées par des vœux temporaires) et un ancien proche de la communauté. Les statuts de l’association ont été déposés début avril. Le collectif revendique depuis la demande d’adhésion de «plusieurs autres personnes». Leur but aujourd’hui : créer un espace pour les personnes ayant subi un préjudice au sein de cette communauté. La première action du collectif a été l’envoi d’un courrier, le 20 avril 2026, signé par 54 soutiens (souvent d'anciens participants à des activités du Chemin Neuf), afin de demander la mise en place par la communauté d’une commission d’enquête indépendante. Le Chemin Neuf qui réfléchissait, depuis septembre 2025, à recourir à une aide extérieure pour accompagner ces situations, reconnaît «des blessures» et annonce la création d’une commission d’enquête indépendante, indiquant que cette décision a été prise en mars 2026. Bien qu’il ne s’agisse pas ici de cas d’abus sexuels, cette nouvelle commission devrait être élaborée avec l’expertise de la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR), instance indépendante créée en 2022 à la suite de la Ciase et suscitée par la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) (https://www.lavie.fr/actualite/societe/emprise-psychologique-abus-spirituels-que-se-passe-t-il-au-sein-de-la-communaute-du-chemin-neuf-103986.php).
Comment peut-on encore faire confiance aux communautés nouvelles qui rechignent à se réformer après des cas de viols, d’abus, et d’emprises, qui sont obligés de traiter les cas d’abus que par la pression des victimes, des médias et de la hiérarchie ? La décence voudrait que ces communautés se taisent après ce qu’elles ont laissé faire.
Merci !