Publié le 14 Mai 2026
Seize ans de silence ? Le cardinal Ladislav Német dénonce la proximité excessive de l’Église avec le gouvernement Orbán en Hongrie et l’appelle à un examen honnête et autocritique comme nous le montre katholisch.de ce jeudi. «J'ai parfois l'impression que nos églises locales sont si éloignées du dynamisme de l'Église universelle et de son cheminement synodal qu'il est difficile de l'exprimer – alors que nous nous sommes laissés aller à une proximité excessive avec le politique», écrit l'archevêque de Belgrade, d'origine hongroise, dans une longue tribune publiée mardi sur le portail en ligne «Szemlélek». Il entrevoit ainsi l’espoir d’un nouveau départ, car la situation qui a suivi les récentes élections législatives pourrait constituer non seulement un tournant politique, «mais aussi une opportunité de renouveau et de conversion pour l'Église», a déclaré le cardinal, ancien secrétaire général de la Conférence des évêques de Hongrie. «J'espère qu'à l'avenir, nous nous préoccuperons bien plus des enseignements du Pape que des ambitions de nos dirigeants politiques, car c'est seulement ainsi que nous pourrons pleinement remplir notre rôle dans la société.»
Concernant certaines déclarations récentes sur le rôle des Églises sous le gouvernement Fidesz, le cardinal remarque : «Je suis troublé par le fait que certains membres de la hiérarchie ecclésiastique parlent de ces quinze dernières années comme si le système n’avait engendré aucune attente concrète.» Il ne comprend pas «comment ceux qui ont vécu seize ans dans un ordre politique et social particulier et qui ont été parmi les principaux bénéficiaires du système n’ont pas pu remarquer que quelque chose clochait, ni au sein de l’Église ni à l’extérieur.» L’Église ne doit pas se limiter à être un simple facteur de stabilisation de l’ordre social, prévient Német, cardinal depuis 2024 et vice-président du Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEEE). «Il lui incombe également de savoir reconnaître les moments où elle doit tendre un miroir critique et juger la réalité à la lumière de l’Évangile – même lorsque cela est inconfortable.»
Német a souligné que «l’art de ne pas parler» peut parfois être «sage et nécessaire». «Mais lorsque le silence devient systémique et qu’aucune déclaration substantielle n’est faite pendant seize ans concernant l’injustice sociale, la dégradation du discours public, l’institutionnalisation des discours de haine, la corruption endémique, la stigmatisation systémique des personnes, leur exclusion et l’incitation à la haine à leur encontre, alors ce n’est plus une vertu, mais une grave négligence.» La tâche des bergers n’est pas seulement de veiller sur le troupeau, mais aussi de reconnaître les dangers et de les nommer.
Német évoque une «répression du pluralisme» au sein de l'Église. Lui aussi a subi l'exclusion, en partie à cause de son ouverture au processus de réforme synodale. Cette exclusion s'est manifestée par des mécanismes subtils tels que le silence imposé, la mise à l'écart des médias, la méfiance et le retrait des financements. Il a l'impression que certaines déclarations de l'Église après les élections visent à relativiser le passé plutôt qu'à l'examiner de manière critique. «Parallèlement, des voix s'élèvent – prêtres, religieux et laïcs – pour dénoncer ouvertement les dangers d'une trop grande proximité entre l'Église et le pouvoir politique.» Ces voix sont «des signes d'espoir». Cela offre à l’Église locale l’occasion de «repenser son rôle, de redécouvrir la voie synodale que l’Église universelle suit depuis des années et de renforcer sa voix prophétique». Német a déclaré espérer qu’un dialogue s’instaure entre l’État et les Églises en Hongrie, dialogue dans lequel les deux parties éviteront consciemment toute dépendance mutuelle.
Merci !
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