Marlène Thomas nous montre dans Libération.fr ce vendredi 8 mars 2024 un dernier acte pour marquer l’histoire. Devant un public de plusieurs centaines de personnes, rassemblé place Vendôme devant le ministère de la Justice, Emmanuel Macron a participé, ce vendredi 8 mars, à la cérémonie du scellement de la révision constitutionnelle sur l’IVG, une première depuis 2008. «Les reculs de notre époque en ont fait une nécessité et une urgence», a justifié le Président, devant des parlementaires, des militantes féministes mais aussi des membres de la famille de Gisèle Halimi, de Simone Veil ou encore le fils de Valéry Giscard d’Estaing, Louis, tous assis au premier rang.
Datant de 1810, la lourde presse en acajou, sortie spécialement du bureau d’Eric Dupond-Moretti pour apposer le sceau, trône aux côtés du Président face aux centaines d’invités. Quelques minutes plus tôt, c’est lui, le garde des Sceaux, qui a tourné l’imposante vis de la presse pour apposer le cachet de cire vert sur le nouvel alinéa de l’article 34, sous les applaudissements nourris de la foule. Un cérémonial historique effectué aux côtés notamment de deux signataires du manifeste du 343 - Claudine Monteil et Catherine Deneuve - visant à donner «du poids et de la publicité à un acte solennel» mais ne constituant «pas une condition de validité du document», a pris soin de préciser l’Élysée.
En écho au discours prononcé par le Premier ministre Gabriel Attal sous les ors de Versailles, également présent, celui qui n’a jamais caché sa frilosité sur le sujet de l’avortement, en en parlant à plusieurs reprises comme d’un «traumatisme», a ajouté que l’inscription de l’IVG dans la Constitution était l’aboutissement d’un «long combat pour la liberté» fait «de drames, de larmes, de destins brisés». Et parce qu’il voit dans cette inscription le début d’un autre combat, Emmanuel Macron a également dit son souhait de voir cette garantie de l’IVG «dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne», exhumant ainsi sa promesse faite dès début 2022 devant le Parlement européen. Cette demande de longue date des militantes féministes a aussi été formulée par la gauche française dès lundi.
Si le chef de l’État avait annoncé une reprise en main de ce projet de réforme constitutionnelle le 8 mars 2023 lors de l’hommage national à Gisèle Halimi sous la pression des féministes et des parlementaires, il aura fallu attendre encore décembre pour que le projet de loi soit déposé. «Aujourd’hui, c’est dans les pas de ces combattantes que nous nous engageons avec humilité.» Saluant celles (militantes, parlementaires, ministres) ayant œuvré pour les libérer, il a ajouté avant que ne retentisse dans l’assemblée l’hymne des femmes du MLF : «Durant de trop longues années le destin des femmes était scellé.» En faisant feuilleter le manifeste des 343 à Emmanuel Macron avant son discours, la plus jeune signataire Claudine Monteil confie à Libération avoir voulu «faire acte de transmission, faire un lien avec les actions des différentes générations». Et veut croire à «un moteur pour les femmes du monde entier» : «Le mouvement MeToo est un tsunami dans le monde. Faisons en sorte que cette constitutionnalisation devienne aussi un tsunami.»
Déjà authentifié par le sceau du Congrès lundi, ce texte inscrivant l’IVG à la plus haute hiérarchie des normes est donc désormais affublé d’un second sceau ce vendredi, réservé aux actes les plus importants. Cette cérémonie, appliquant un décret datant de 1848, se déroule habituellement dans le huis clos de la Chancellerie en présence de quelques personnalités. Cette ouverture au public est inédite. Le Président «souhaitait que tous ceux qui ont contribué, anonymes et moins anonymes, mais aussi tous ceux qui soutiennent cette initiative puissent être témoins, d’une certaine manière, de la dernière étape qui permettra l’inscription de cette liberté garantie d’accès à l’IVG dans notre Constitution», a appuyé l’Élysée.
La chanteuse Catherine Ringer a interprété une version revisitée de la Marseillaise ce vendredi 8 mars, à l’occasion de l’inscription de l’IVG dans la Loi fondamentale. Elle a notamment remplacé le «sang impur» qui, dans l’hymne national, «abreuve nos sillons» par «une loi pure dans la Constitution». «Citoyens, citoyennes», a aussi ajouté la star des Rita Mitsuko lors de la cérémonie de scellement de la Constitution place Vendôme, en présence d’un président Emmanuel Macron tout sourire. «Marchons, chantons», a-t-elle entonné, sous les applaudissements de la foule venue assister à ce moment historique (https://www.liberation.fr/societe/droits-des-femmes/aux-armes-citoyens-citoyennes-catherine-ringer-adapte-la-marseillaise-lors-du-scellement-de-livg-20240308_OBUET2BERJFQFCPWA2JZHQSMDM/).
Multipliant les symboles en cette journée internationale de lutte pour les droits des femmes, Emmanuel Macron a également fait fleurir les sépultures de dix grandes figures du féminisme ayant contribué à «faire en sorte que cette loi constitutionnelle devienne une réalité», selon l’Elysée. L’avocate Gisèle Halimi, mais aussi Marie-Claire Chevalier qu’elle avait défendue lors du procès de Bobigny, Simone Veil, Simone de Beauvoir, Olympe de Gouge ou encore Joséphine Baker ont ainsi vu leurs mémoires honorées. En ce 8 mars 2024, aux grandes femmes (d’hier comme d’aujourd’hui), la patrie a enfin été reconnaissante.
Des manifestations ont débuté, vendredi 8 mars, dans de grandes villes françaises comme Bordeaux, Lyon et Marseille, et dans des plus petites, telles Orléans (Loiret), Quimper (Finistère) ou Belfort. À Paris, le cortège est parti à 14 heures de la place Gambetta pour rejoindre la place de la Bastille. Les manifestants et manifestantes dénoncent notamment les inégalités salariales, qui existent "dans toutes les entreprises et dans toutes les administrations", souligne Myriam Lebkiri, de la CGT. "Il y a encore vachement de travail", estime toutefois des manifestantes (https://www.francetvinfo.fr/societe/droits-des-femmes/direct-journee-internationale-des-droits-des-femmes-pour-la-premiere-fois-la-cfdt-appelle-a-faire-greve-et-a-manifester_6411508.html).
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