Publié le 7 Décembre 2023
Comme le montre LSVL (https://lvsl.fr/espagne-pedro-sanchez-reconduit-mais-plus-fragile-que-jamais/) dan son article du 6 décembre 2023 qu’après un résultat mitigé mais meilleur que prévu aux élections cet été, Pedro Sánchez a été reconduit au poste de Premier ministre espagnol. Sa majorité de gauche repose cependant sur une coalition précaire, entre dépendance aux votes des partis indépendantistes et volonté de Podemos de s’émanciper du gouvernement. Au moins avec cet accord bancal, Madrid n’a pas basculé aux mains des conservateurs et de leurs alliés d’extrême-droite, comme Rome, Stockholm, Helsinki et Athènes auparavant. Depuis la démission d’António Costa au Portugal, l’Espagne demeure désormais l’un des rares bastions progressistes au sein de l’Union européenne. En embuscade, l’extrême-droite accuse Sánchez de coup d’État antidémocratique et incite la justice et la police à défier le gouvernement. Ce n’est en rien un coup d’État, puisque Pedro Sánchez a formé son gouvernement en concluant ensuite un accord de coalition avec la plate-forme Sumar et s'entendant avec la quasi-totalité des partis nationalistes et indépendantistes catalans en se basant sur un programme, qui prévoit un exécutif conjoint et notamment la réduction du temps de travail hebdomadaire de 40 heures à 37 h 30.
L’extrême-droite en profite allégrement. Ces dernières semaines, le débat politique s’est enflammé. Depuis l’accord entre le PSOE et le JxCAT, Sánchez est la cible d’un tombereau d’insultes inquiétantes et a notamment été qualifié de «traître» et de «putschiste». Des députés du PSOE ont été agressés et le siège madrilène du parti, Calle Ferraz, a été assiégé par plusieurs milliers de militants néofascistes durant deux semaines. Ces manifestations, auxquelles participent des dirigeants de Vox, sont également soutenues par des influenceurs de l’«Internationale de la Haine», tel l’ancien animateur de Fox News Tucker Carlson. Pendant ce temps, le PP a lancé une campagne internationale comparant Sánchez au Premier ministre hongrois Viktor Orbán, intervenant même auprès des institutions européennes pour combatte ce qu’il considère comme la «destruction» de l’État de droit en Espagne. Ce n’est pas la honte qui étouffe le PP.
Malheureusement comme le montre religiondigital.org ce jeudi 7 décembre (https://www.religiondigital.org/espana/Grupos-ultracatolicos-Rosario-Ferraz-Parlamento-golpe-estado-psoe-enraizados-espana-inmaculada_0_2622037780.html), «El Rosario por la Unidad Nacional de España», un mouvement ultra-catholique né, comme ils l'expliquent eux-mêmes, «au cœur des protestations de la rue Ferraz à Madrid suite au coup d'État de Pedro Sánchez», et qui vendredi, Jour de l'Immaculée Conception, a appelé à des rassemblements dans 60 villes, «en communion avec le Rosaire qui a lieu quotidiennement aux portes du Sanctuaire du Cœur Immaculé de Marie (c'est-à-dire dans la rue Ferraz) depuis le dernier 3 novembre». Elle est promue «par de nombreuses entités et anonymes, véritables protagonistes de cette Chaîne des Rosaires, parmi lesquelles les entités de Rosario en Ferraz, Rosaire des Hommes, Rosaire pour le Salut de l'Espagne, Tekton Centro Televisivo et l'Association Rooted».
Dans son appel, «El Rosario por la Unidad Nacional de España» assure que «la nation espagnole ne peut être comprise sans la Croix» et lance une menace voilée contre le gouvernement actuel : «Le peuple espagnol ne s'inclinera pas devant des injustices manifestes.» Une menace contre un gouvernement, ce n’est pas ce qu’on appelle la démocratie. "Nous n'aurons plus jamais peur de leurs impositions et de leur programme antichrétien. Les catholiques ont le devoir de témoigner de leur foi dans tous les domaines. Nous renonçons à être confinés dans les églises et dans l'intimité de nos maisons." Témoigner de sa foi par les actes, par la parole, et par la manière d’être ce n’est pas renverser un gouvernement, c’est être ouvert et devenir un modèle pour les autres. Malgré tout, insistent-ils, "prier le Saint Rosaire pour l'unité de l'Espagne ne signifie pas mélanger la politique et la religion". C’est un contre-sens, ils disent que le gouvernement est illégitime, et ce mouvement prétend ne pas faire de politique et de religion.
La politique réelle n’intéresse pas ce mouvement qui montre sa vision rance de la société puisque pour lui "Le relativisme, le nihilisme, le matérialisme et l'hédonisme ont corrompu les racines les plus profondes du peuple espagnol". Pas d’amélioration sociale et sociétale, juste une obsession pour " l'avortement, la légalisation de l'euthanasie, la destruction de la famille, l'atomisation sociale et la destruction de notre communauté spirituelle signifient que l'Espagne est en transe d'agonie existentielle". Pauvre Marie, à qui ils demandent «l'intercession et l'aide (…) pour éviter le démembrement territorial et spirituel de l'Espagne. Dieu est avec nous !». Dieu est plutôt avec ceux qui cessent de faire le mal, apprennent à faire le bien, recherchent la justice, protègent l'opprimé, font droit à l'orphelin, et défendent la veuve comme le signale Isaïe 1,16-17, et non du côté de putschistes.
Malgré toutes ces menaces, la reconduction du gouvernement PSOE-Sumar est une bonne nouvelle pour la gauche européenne, notamment parce qu’elle n’allait vraiment pas de soi. Avant tout, c’est une victoire personnelle pour Sánchez. Mais c’est également le résultat de la prise de conscience, par tous les partis qui composent cette majorité hétérogène, qu’il est impératif d’empêcher l’extrême-droite d’accéder au pouvoir. La droite, y compris ses composantes en théorie les plus modérées, a manifestement décidé que toute action pour faire tomber le gouvernement est légitime, et elle ne retiendra pas ses coups dans les mois à venir. Jusqu’aux élections européennes de juin prochain, une échéance cruciale pour les deux camps, il n’y aura aucun répit. Cette dernière s’appuie sur un puissant système médiatique et des juges à majorité conservateurs, mais elle contrôle également la plupart des régions et des grandes villes. De plus, elle possède la majorité absolue au Sénat et fera tout ce qui est en son pouvoir pour pratiquer l’obstruction parlementaire ou, à défaut, ralentir le processus législatif.
Pour ceux qui pensent toujours que l’extrême-droite n’est pas un danger, il suffit de voir comment ça se passe en Espagne. Si les institutions démocratiques espagnoles se sont révélées jusqu’ici solides, une version espagnole de l’assaut du Capitole n’est pas inconcevable. Et pour ces pseudos-catholiques qui suivent de tels mouvements, ils ont allégrement oublié les paroles du Christ pour leur petite vision personnelle de la religion.
Merci !
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