Publié le 19 Octobre 2021
L'Obs avec l’AFP nous montre dans son article du 17 octobre 2021 que l’image à part donné par le célibat imposé aux prêtres à partir du Moyen Âge a contribué à en faire une figure d’autorité, ce dont ont profité des agresseurs sexuels.
Le rapport Sauvé a réveillé le débat sur le célibat des prêtres : s’il n’est pas responsable des violences sexuelles, cet engagement a contribué au fil des siècles à donner au prêtre l’image d’un «homme à part», favorisant ainsi les abus de pouvoir, expliquent plusieurs chercheurs. Une semaine après le séisme provoqué par la publication du rapport, qui a jeté une lumière crue sur la pédocriminalité dans l’Église catholique de France depuis 70 ans, les questions se multiplient sur le rôle de l’institution et de ses représentants. L’une porte sur le célibat.
La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), présidée par Jean-Marc Sauvé, l’a assuré d’emblée : «Il n’y a clairement pas de lien de causalité entre le célibat et les abus sexuels.» Elle a notamment démontré qu’un tiers des violences sexuelles commises depuis 1950 l’ont été par des laïcs, donc non soumis au célibat sacerdotal. En revanche, selon la commission, «l’exigence de célibat contribue à (...) faire» des prêtres «des hommes ’à part’, voire des ’surhommes’», peut-on lire dans l’une des annexes du rapport. Avec à la clé le «risque» d’une «survalorisation de la personne du prêtre».
«Les pédophiles vrais, essentiellement attirés par des enfants prépubères, représentent 10-15% des agresseurs» dans l’Église, relève auprès de l’AFP Marie-Jo Thiel, médecin et professeure d’éthique et de théologie. Dans les autres profils d’agresseurs, de nombreux facteurs entrent en jeu, dont la question, centrale, de la domination, ajoute Marie-Jo Thiel, dont les publications ont aiguillé les travaux de la Ciase. Or, «il y a un lien historique entre célibat (ecclésiastique) et pouvoir», souligne-t-elle.
L’Église catholique commence à imposer le célibat à ses prêtres au Moyen Âge avec la réforme grégorienne afin notamment de «rehausser le statut des prêtres», affirme à l’AFP Josselin Tricou, auteur du livre «Des soutanes et des hommes», une enquête sur la masculinité des prêtres catholiques. L’objectif de l’institution est alors de placer les prêtres «en dehors de la domination masculine» de l’époque, en leur interdisant également le port d’arme, poursuit le chercheur, qui a participé aux travaux de la Ciase. Dans le regard des fidèles, ils deviennent ainsi «des personnes ressources, en dehors de la domination masculine. Mais dans la réalité, ce sont bien des hommes et ils sont, à ce titre, positionnés comme les autres comme dominants dans les rapports sociaux», dit-il.
Au cours des siècles, leur rôle se renforce. Le prêtre devient avec «son sacrifice» une figure d’autorité et incarne personnellement l’Église. Une position privilégiée qui sera utilisée par des agresseurs pour passer à l’acte, rapportent de nombreuses victimes. Le célibat, en plaçant théoriquement la personne au-dessus de tout soupçon, devient une cage dorée pour des agresseurs, mais aussi pour d’autres hommes ne se reconnaissant pas dans la sexualité hétérosexuelle. Mais «pour certains prêtres, cette prohibition (de toute sexualité) génère un clivage interne car ils se rendent bien compte que c’est difficile pour eux de respecter cette chasteté», observe Josselin Tricou.
Un clivage à l’origine de souffrances personnelles et d’un silence roi, renforcé par le fait que «pour l’Église, toute pratique sexuelle de la part des prêtres est déviante». Et ce tabou, «ce silence autour de la sexualité des prêtres, a un effet indirect sur l’absence de dénonciation» des penchants pédophiles ou des crimes sexuels, ajoute le chercheur. «Dans notre société il est déjà très difficile de se rendre compte qu’on a une attirance pour des enfants et d’en parler pour demander de l’aide. Alors pour les prêtres pour qui la sexualité est taboue, c’est encore plus difficile», dit aussi Walter Albardier, psychiatre responsable du Centre de ressources pour intervenants auprès d’auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) d’Île-de-France. Interpellée sur ces difficultés, l’Église a revu ces dernières années sa position et initié un accompagnement à la sexualité dans les séminaires. Mais ce dernier reste encore inégal, observe Marie-Jo Thiel.
Enfin, le pape François a reçu le témoignage courageux d'une survivante et a souhaité que le cardinal O'Malley, président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, le partage avec tous les prêtres et séminaristes. Dans les pages de la lettre imprégnées d'amertume et de souffrance, cette femme qui raconte ce qu'elle a vécu «également au nom des autres victimes», et dont son stress post-traumatique est particulièrement vif dans le cadre de l’Église, à tel point qu'elle a toujours peur de voir un prêtre et ne peut même pas aller à la messe, exprime sa douleur de ne plus pouvoir se sentir en sécurité dans l'Église, et elle supplie les séminaristes «de protéger l'Église» et de devenir de «bons prêtres» (https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2021-10/lettre-victime-abus-sexuels-cardinal-o-malley.html).
Merci !
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