À Medjugorje, l’évêque ne reconnaît pas les apparitions de la Vierge

Publié le 4 Mars 2017

Marie Malzac, nous montre dans son article du vendredi 3 mars 2017 qu’à la veille de l’arrivée de l’envoyé spécial du pape dans ce sanctuaire marial de Bosnie-Herzégovine, l’évêque du lieu publie un texte dans lequel il reste opposé à toute reconnaissance du phénomène.

 

«La Vierge n’est pas apparue à Medjugorje». Dans un long message publié sur le site du diocèse, Mgr Ratko Perić, évêque de Mostar, en Bosnie-Herzégovine, redit clairement la position qu’il tient depuis longtemps au sujet du «phénomène Medjugorje». La publication de ce texte, en italien et non en croate, certainement pour assurer sa diffusion, intervient alors que doit très prochainement arriver sur place l’envoyé spécial du pape, Mgr Henryk Hoser, archevêque de Varsovie-Praga, chargé le 11 février de dresser un état des lieux au caractère «exclusivement» pastoral de la situation dans le sanctuaire.

 

Ainsi, même si l’envoyé du pape n’est pas censé faire de rapport sur la véracité des apparitions, l’évêque de Mostar réaffirme la position de l’Église depuis la déclaration des évêques de l’ex-Yougoslavie en 1991. «Sur la base des recherches effectuées, affirmait-elle, il n’est pas possible d’établir qu’il y a eu des apparitions ou des révélations surnaturelles.»

 

En juin 1981, six enfants et adolescents bosniens ont raconté avoir été témoins de l’apparition de la Vierge. Elle réapparaîtrait quotidiennement à certains de ces témoins devenus adultes. Depuis, touristes et pèlerins accourent en masse. Face aux controverses suscitées par ces présumées apparitions mariales quotidiennes, plusieurs enquêtes ont été menées. Le dernier rapport de la commission mise en place en 2010 par Benoît XVI et menée par le cardinal Camillo Ruini a été remis au pape François en 2014, mais ce dernier n’a fait aucune annonce depuis. Certains ont toutefois avancé dans la presse, notamment italienne, que les conclusions pourraient confirmer une dimension «surnaturelle» au phénomène et reconnaître les apparitions «des sept premiers jours».

 

Mais pour Mgr Perić, il n’en est pas question. «Même si on a parfois affirmé que les apparitions des premiers jours pourraient être considérées comme authentiques (…), souligne-t-il dans son message, cette curie a toujours maintenu la vérité par rapport à ces premiers jours».

 

L’évêque donne ensuite des précisions détaillées sur le fondement de cette affirmation, se situant dans la droite ligne de son prédécesseur à la tête du diocèse. Sur la base des enregistrements des entretiens réalisés après les premières apparitions avec les enfants, Mgr Perić évoque, entre autres, un rire «étrange», un déroulement peu clair, des versions contradictoires et floues, la possibilité offerte par la Vierge «de toucher ses vêtements et son corps». «Celle-ci, juge-t-il de façon péremptoire, n’est pas la Vierge de l’Évangile».

 

«Si la véritable Vierge, mère de Jésus, n’est pas apparue – et de fait ce n’est pas le cas –, alors il faut appliquer les formules suivantes : voyants "présumés", messages "présumés", "prétendu" signe visible, "soi-disant" secrets », ajoute l’évêque. Ces enregistrements, compilés et traduits en plusieurs langues, dont le français, font naturellement partie du matériel examiné par la commission du Vatican.

 

Même si, depuis 1981, de nombreux pèlerins témoignent de conversions, de guérisons ou de la naissance d’une vocation, le «phénomène Medjugorje» présente plusieurs zones d’ombre : intérêts financiers engendrés par le tourisme, désobéissance et comportements déviants de certains franciscains qui ont accompagné les voyants (Tomislav Vlasic, leur directeur spirituel renvoyé de l’état clérical en 2009)… Medjugorje s’inscrit aussi dans le contexte plus large du bras de fer qui oppose depuis un siècle la province franciscaine d’Herzégovine et les évêques locaux.

 

La reconnaissance officielle d’apparitions mariales est normalement du ressort de l’évêque mais dans le cas d’une situation complexe comme celle de Medjugorje, ce sera à la Congrégation pour la doctrine de la foi de statuer. Pour l’heure, il est difficile de savoir quelle sera la position du Vatican, d’autant qu’il semble délicat d’interdire les pèlerinages dans ce sanctuaire qui attire chaque année un million de personnes. Reste que le pape François rappelle régulièrement que la Vierge Marie n’est pas un «chef de bureau de poste» qui enverrait «des messages tous les jours».

 

La réponse du Vatican ne s’est pas faite attendre comme le montre l’article d’ilfoglio.it du vendredi 3 mars 2017 : «Cardinal Müller: "Medjugorje est pas un dogme de foi catholique est personne n’est obligé d’y croire."» Quelques jours après la prise de la position de l'évêque de Mostar, Mgr. Ratko Peric, qui a publié un long article dans lequel, en plus de confirmer l'opposition habituelle du diocèse aux phénomènes des apparitions mariales, et contesté les conclusions probables de la commission présidée par le cardinal Camillo Ruini, le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a dit à l'agence Ansa que «certains exagèrent l'importance de ces phénomènes, comme si ils étaient presque un dogme. Même lorsque l'église elle-même n’a rien déclaré en faveur de tels événements.» Ajoutant qu’«aucun catholique n’est obligé d'y aller ou d’y croire».

 

Le cardinal Müller a poursuivi en expliquant qu’«Il faut du temps, en ce moment il est plus important d'ajuster les pastorales, les confessions», et en se référant explicitement l'arrivée dans ce lieu de Bosnie de l’envoyé spécial du pape, Mgr Henryk Hoser, archevêque-évêque de Varsovie-Prague, en charge de l'acquisition de connaissances plus approfondies sur la situation pastorale d’une telle réalité. Quoi qu'il en soit, le préfet de l'ex-Saint-Office annoté que «l'avenir de l'Église ne dépend ni de Medjugorje, ni sanctuaires connus tels que Lourdes ou Fatima», qui reste pour «aider». Mais la foi est «celle qui vit dans la famille, au travail, dans la paroisse». Quant aux «soi-disant» visionnaires, comme l'a écrit l'évêque de Mostar, «Je dois dire qu’en tant que catholique que nous devons nous concentrer sur Jésus-Christ. Il y a une révélation privée, mais elle ne remplace pas l'unique révélation de Dieu en Jésus-Christ.»

 

Une conclusion intéressante du cardinal Müller qui nous fait savoir que la recherche du merveilleux chez les pratiquants leur fait rater l’essentiel : le message du Christ.

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

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Françoise 06/03/2017 21:04

Si dans les années 80, les apparitions ont fait un moment illusion et ont servi le Renouveau Charismatique pour rentrer dans les bonnes grâces vaticanes (elles ont servi d'introduction en jouant sur la bigoterie et le culte marial de JP2), elles deviennent de moins en moins crédibles. Parce qu'elles sont devenues un véritable commerce tant pour les voyants que le clergé local. Parce que les messages de la Vierge sont totalement instrumentalisés quand on connaît un peu les conflits d'intérêts de la région avec ceux du clergé local. Et que le pentecôtisme à la fois protestant et catholique tire les ficelles de tout ce joli monde, devenu autant de marionnettes au services d'intérêts privés qui n'ont rien de spirituels mais tout de financiers et politiques.
Le monde est une jolie boutique...comme le scandait Gérard Philippe dans je ne sais plus quelle pièce de théâtre.