Téhéran, Alger, Tokyo ou Abidjan : le pape François, apparu blessé au menton, a élevé samedi au rang de cardinaux 21 prélats des cinq continents, dont la plupart seront appelés à élire un jour son successeur, reflets d'une Église mondialisée et toujours plus tournée vers le Sud comme le montre Clément Melki ce samedi 7 décembre 2024 pour l’AFP. Avec ce "consistoire ordinaire", le dixième depuis son élection en 2013, le jésuite argentin, qui aura 88 ans dans quelques jours, continue de consolider son héritage et de façonner à son image le collège des cardinaux. Il a en effet choisi plus de 78% des 140 cardinaux "électeurs", ceux âgés de moins de 80 ans, qui prendront part au prochain conclave, lors duquel la majorité des deux tiers est requise pour élire un pontife.
La cérémonie du Consistoire a débuté samedi après-midi dans le cadre somptueux de la basilique Saint-Pierre de Rome, le jour même de la réouverture de Notre-Dame de Paris à laquelle le pape a refusé d'assister. La voix essoufflée, Jorge Bergoglio est apparu avec un large hématome au bas du menton, recouvert d'un pansement. Selon des sources vaticanes, il s'est cogné en tombant de son lit vendredi matin, mais le Vatican n'a pas communiqué officiellement sur le sujet. Comme de coutume, les nouveaux "princes de l'Église" se sont agenouillés un par un devant lui pour recevoir leur barrette, une toque quadrangulaire dite de "pourpre cardinalice", et un anneau. "En avant!", a glissé le pape François en guise d'encouragement.
Ainsi, dans son message, il met en garde contre les dangers auxquels peuvent faire face les cardinaux : «Que nos cœurs se perdent, se laissant éblouir par le charme du prestige, par la séduction du pouvoir ou par un enthousiasme trop humain pour notre Seigneur.», donc «Il est important de regarder en nous-mêmes, de nous placer humblement devant Dieu et de nous demander honnêtement : où va mon cœur ?» Le fil conducteur du message était l'appel à "suivre le chemin de Jésus", dans lequel le pape a placé avant tout d'éviter "le risque de se concentrer sur le superflu, en oubliant l'essentiel", et "au contraire, nous devons toujours revenir au centre, retrouver le fondement, nous dépouiller de ce qui est superflu pour nous revêtir du Christ", a-t-il déclaré au cours d'une cérémonie qui a précisé que l'origine des cardinaux certifie de plus en plus l'universalité : Pérou , le Chili, la Côte d'Ivoire, le Japon, le Brésil, la Serbie, l'Équateur, l'Argentine, l'Algérie, l'Iran et les Philippines ont reçu aujourd'hui un cardinal (https://www.religiondigital.org/corresponsal_en_el_vaticano-_hernan_reyes_alcaide/Francisco-nuevos-cardenales-unidad-humildad-consistorio_7_2731896793.html).
Depuis son élection, le pape François a mis en valeur des diocèses reculés dans ce qu'il nomme les "périphéries", parfois où les catholiques sont même minoritaires, s'affranchissant de l'usage visant à distinguer systématiquement certains archevêques de grands diocèses comme Milan ou Paris. Cette nouvelle promotion n'est pas en reste avec, chez les électeurs, cinq évêques originaires d'Amérique latine (Équateur, Chili, Brésil, Pérou, Argentine avec trois des plus proches du Pontife : son compatriote Vicente Bocaklic, nouveau primat à la tête de l'archidiocèse de Santiago del Estero; le Chilien Fernando Chomalí et le Brésilien Jaime Spengler), mais seulement deux d'Afrique (ceux d'Abidjan en Côte d'Ivoire et d'Alger en Algérie). L'Asie-Pacifique, région qui a connu la plus grande expansion lors de la dernière décennie, y est représentée par le Belge Dominique Joseph Mathieu, archevêque de Téhéran-Ispahan, l'archevêque de Tokyo ou encore l'évêque de la communauté ukrainienne de Melbourne (Australie). Le seul des 21 nouveaux cardinaux qui n'a pas le droit de vote aujourd'hui est le nonce Angelo Acerbi, 99 ans, la plus ancienne création cardinale jamais réalisée (https://www.religiondigital.org/corresponsal_en_el_vaticano-_hernan_reyes_alcaide/Francisco-nuevos-cardenales-unidad-humildad-consistorio_7_2731896793.html). "Jetant son regard sur vous, qui avez des histoires différentes, qui venez de cultures diverses et représentez la catholicité de l’Église, le Seigneur vous appelle à être des témoins de la fraternité, des artisans de la communion et des bâtisseurs de l’unité", leur a affirmé le pape dans son homélie.
Le nouveau collège "présente une diversité riche, géographique et sociologique", un signe "positif", mais "à condition qu'il y ait une collégialité renforcée", a estimé dans un entretien à l'AFP Mgr Jean-Paul Vesco, 62 ans, archevêque d'Alger, parmi les promus. Le pape argentin, qui fustige régulièrement la "mondanité spirituelle" et tente de débarrasser les hautes sphères de l'Église du culte de l'apparence, a aussi mis en garde les cardinaux face au risque de se laisser "éblouir par l'attrait du prestige, de la séduction du pouvoir". C’est pour cela qu’il a déclaré aux nouveaux cardinaux : «Suivre le chemin de Jésus, c'est aussi cultiver la passion de la rencontre. Jésus ne marche jamais seul, son union avec le Père ne l'isole pas des vicissitudes et des douleurs du monde. Au contraire, c'est précisément pour guérir les blessures de l'homme et alléger le poids de son cœur, pour enlever le fardeau du péché et briser les chaînes de l'esclavage, précisément pour cela qu'il est venu», et il ajouté : "Et ainsi, sur le chemin, le Seigneur rencontre les visages des personnes marquées par la souffrance, il se rapproche de ceux qui ont perdu l'espoir, il relève ceux qui sont tombés, il guérit ceux qui sont malades", et "Ce qui doit animer votre service en tant que cardinaux, c'est le risque du voyage, la joie de rencontrer les autres, le soin des plus fragiles", a-t-il ajouté plus tard. Dans le même temps, le pape a déclaré que «suivre le chemin de Jésus signifie aussi être des bâtisseurs de communion et d’unité» (https://www.religiondigital.org/corresponsal_en_el_vaticano-_hernan_reyes_alcaide/Francisco-nuevos-cardenales-unidad-humildad-consistorio_7_2731896793.html).
Le choix des cardinaux revient exclusivement au chef de l'Église catholique, qui les sélectionne en fonction de critères de son choix et de ses priorités. Ils ont pour mission de l'assister dans le gouvernement central de l'Église. Certains vivent à Rome et ont des fonctions au sein de la Curie (le "gouvernement" du Vatican), ce qui est le cas de trois des cardinaux qui sont également membres de la Curie : le père Fabio Baggio, Scalabrinien, sous-secrétaire du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral et également directeur général et interlocuteur direct du Pape pour le Borgo Laudato Si' et le Centre de Haute Éducation Laudato Si', l'archevêque Rolandas Makrickas, lituanien, 51 ans, nommé en 2021 commissaire extraordinaire pour la basilique papale de Santa Maria Maggiore, et Mgr George Kovakaad, indien, figure connue du grand public sous le nom de «Père Giorgio» dans son rôle d'organisateur des voyages papaux (https://www.religiondigital.org/corresponsal_en_el_vaticano-_hernan_reyes_alcaide/Francisco-nuevos-cardenales-unidad-humildad-consistorio_7_2731896793.html), mais la plupart exercent leur ministère dans leur diocèse d'origine. La nomination des cardinaux est scrutée par les observateurs, qui y voient une indication sur la possible ligne du futur chef spirituel de l'Église catholique et de ses près de 1,4 milliard de fidèles revendiqués.
D'autant que le pape a laissé la "porte ouverte" à une renonciation, à l'image de son prédécesseur Benoît XVI, si sa santé déclinante le justifiait. Sensible à une Église de terrain et décentrée d'elle-même, Jorge Bergoglio cherche à promouvoir le clergé de pays en développement aux plus hauts rangs de l'institution. Mais l'élection d'un pape est toujours imprévisible et certains cardinaux nommés par le pape François ne partagent pas toujours ses idées, voire prennent ouvertement position contre lui. D'autres estiment que la grande diversité des cardinaux qui se connaissent mal et se voient peu poussera le prochain conclave à trouver un compromis avec une figure forte et équilibrée inspirant une confiance collective.
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