Bernadette Sauvaget nous montre sur Libération.fr que le bourdon Emmanuel, la plus grosse cloche de Notre-Dame de Paris, a sonné le glas, à 17 heures ce vendredi 18 juillet, pour annoncer la mort du cardinal André Vingt-Trois, à l’âge de 82 ans. Longtemps dans l’ombre de son mentor, le cardinal Jean-Marie Lustiger, Vingt-Trois a été archevêque de Paris de 2005 à 2017, l’un des deux postes les plus prestigieux (avec celui de Lyon) de l’épiscopat français, celui qui traditionnellement traite des questions politiques avec les plus hautes autorités de l’État.
La carrière de Vingt-Trois, né à Paris en 1942 dans un milieu modeste, a été, du point de vue de l’Eglise catholique, une sorte de sans-faute. Rusé et prudent, il a été promu tout au long de son parcours par Jean-Marie Lustiger, un proche de Jean-Paul II qui a remodelé entièrement le diocèse de Paris pendant son épiscopat, de 1981 à 2005. «“L’intendance suivra”, avait l’habitude de dire Jean-Marie Lustiger. Et l’intendance, c’était Vingt-Trois», décrit l’essayiste catholique Christine Pedotti. Ordonné prêtre en 1969, vicaire (adjoint) au sein de la paroisse de Lustiger dans le XVIe arrondissement, Vingt-Trois devient évêque auxiliaire de Paris en 1988 puis archevêque de Tours jusqu’en 2005. A la tête du diocèse de Paris, il gère précautionneusement l’héritage lustigérien.
Conservateur modéré, se situant au centre droit sur l’échiquier de l’Eglise catholique, l’archevêque émérite de Paris avait la réputation d’être simple, affable et attentif avec son clergé. Ce qui tranchait singulièrement avec son prédécesseur, connu pour sa brutalité à l’égard des prêtres qui lui déplaisaient. Promu cardinal en 2007, Vingt-Trois a eu alors ses entrées à la curie romaine, siégeant notamment à la puissante congrégation (ministère) pour les évêques qui assiste le pape pour les nominations importantes à la tête des diocèses. Habile, Vingt-Trois était à la tête de l’épiscopat français au moment de la grande bataille contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, au début des années 2010. S’il soutient alors les manifestations, il n’y participe pas lui-même, sauf une brève apparition au début d’un des défilés.
Flegmatique et distant à la manière d’un chat, Vingt-Trois était aussi connu pour son sens de l’humour. «L’évangile, c’est comme dans le cochon, tout est bon», est l’une de ses blagues devenues légendaires. Mais qui pouvait déraper et virer au machisme. Interrogé, en 2008, dans une émission de radio, sur le rôle des femmes dans l’Eglise, il avait répliqué : «Il ne suffit pas d’avoir une jupe, encore faut-il avoir quelque chose dans la tête.» La formule - qu’il regrettera - restera, donnant son nom à un Comité de la jupe, une association promouvant le rôle des femmes dans l’Église. Le cardinal ne perd pas une occasion de transmettre des messages. Ainsi fin juillet 2016, devant les plus hautes autorités de la République réunies à Notre-Dame en hommage au père Jacques Hamel, égorgé la veille par des djihadistes, il glisse dans son homélie une phrase accusatrice sur le «silence des élites devant les déviances des mœurs» et la «légalisation de ces déviances». Allusion à la loi Taubira que certains jugeront déplacée en pareille circonstance (https://www.20minutes.fr/societe/4164338-20250718-ancien-archeveque-paris-prises-position-franches-mort).
Portant un béret, se déplaçant à vélo dans Paris lorsqu’il était évêque auxiliaire, Vingt-Trois, connu pour être un solitaire mais fidèle en amitié, n’a pas géré non plus convenablement, lorsqu’il était en poste, l’affaire Tony Anatrella, connu comme le «psy» de l’Église catholique. Au faîte de sa gloire dans les années 90 et 2000, celui-ci a été accusé dans plusieurs affaires de violences sexuelles à partir de 2004. Le «psy», aux positions homophobes, qui avait suivi le séminaire en même temps que Vingt-Trois, n’a été sanctionné qu’en 2023. À la fin de son épiscopat, le cardinal Vingt-Trois était affaibli par une maladie neurologique, le syndrome de Guilain-Barré, et pressé de quitter son poste. Le prélat a finalement raté quelque peu sa succession en imposant Michel Aupetit, médecin de formation. En décembre 2021, ce dernier a été contraint à la démission par le pape François, empêtré dans une affaire de mœurs avec une femme majeure et très critiqué en interne pour son management brutal.
Mais s’il défend avec fermeté les positions de l’Église contre l’avortement et l’euthanasie, il sait aussi s’engager en faveur des plus démunis, des migrants, du dialogue interreligieux… Signe de son poids, il sera membre simultanément de trois des neuf congrégations vaticanes, dont celle pour les évêques, ce qui lui conférait une indéniable influence sur la promotion et la mutation de ses pairs. Le pape François lui avait aussi témoigné sa confiance en le nommant président délégué des deux synodes sur la famille de 2014 et 2015. En 2017, à l’approche de sa démission pour raison d’âge limite - 75 ans –, il ne cachait pas sa lassitude devant la lourdeur de ses obligations et ses incessants voyages Paris-Rome (https://www.20minutes.fr/societe/4164338-20250718-ancien-archeveque-paris-prises-position-franches-mort).
«Pour beaucoup d’entre nous, prêtres, diacres, fidèles de Paris, le cardinal Vingt-Trois fut bien plus que notre archevêque, mais un pasteur, un père, un exemple», a souligné l’actuel archevêque de Paris, Laurent Ulrich, dans un communiqué annonçant son décès. La Conférence des évêques de France (CEF), en s'associant dans un communiqué « à la peine de Mgr Laurent Ulrich et de tout le diocèse de Paris », a « fait mémoire avec gratitude de son ancien président ». « Son intelligence de stratège, son humour en toute situation, et sa discrétion, ont accompagné la vie des Parisiens et des catholiques orientaux pendant de nombreuses années », a pour sa part affirmé l'Œuvre d'Orient dans un communiqué (https://www.rfi.fr/fr/france/20250718-france-andr%C3%A9-vingt-trois-ancien-archev%C3%AAque-de-paris-est-mort).
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