katholisch.de nous montre dans son article du vendredi 7 juin que selon le cardinal allemand Gerhard Ludwig Müller, ordonner des femmes prêtres est sacramentellement impossible. Seuls les hommes pouvaient représenter le Christ, affirme l'ancien préfet de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi dans une interview au portail "kath.ch" (vendredi); et, même s'ils se sentaient appelés à cette fonction : «Les femmes ne peuvent pas être appelées à cette fonction. Ce doit être une erreur», du "pur subjectivisme".
L’appel des apôtres par le Christ a donné naissance à des fonctions «symboliquement liées au fait d’être un homme», affirme Müller. Le cardinal oublie qu’une femme a porté le titre d’apôtre que cite Paul en Romains 16,7 aux côtés d’Andronicus, Junia, désignée comme «apôtre marquante», dans la première génération chrétienne (https://servirensemble.com/2020/03/27/junia-une-femme-apotre-ressuscitee-par-lexegese-de-epp-lupourvous/).
Le prêtre «dans sa virilité représente le Christ, l'époux de l'Église, qui est son épouse». L'Église ne peut pas être représentée par un homme «parce qu'elle est une femme et que Marie, la Mère de Dieu, est son archétype»; "Tout comme cela fait partie du sacrement du mariage en tant qu'union indissoluble d'un homme et d'une femme, le fait que les hommes ne peuvent pas épouser des hommes."
La virilité n’a rien à faire dans l’Église, car comme le signale Paul dans Galates 3,28 : «Il n'y a plus ni homme ni femme, ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, car vous tous ne faites qu'un dans le Christ Jésus». Et si l’Église est une femme, il est difficilement concevable que des femmes ne soient pas aux postes de direction, surtout quand la mère de Jésus a été pendant longtemps représentée en prêtre et en évêque et considérée comme telle, avant que le Saint-Office interdise en 1913 de peindre Marie en prêtre et en 1926 déclare que la dévotion à Marie Prêtre «n’est pas approuvée et ne peut être répandue» (https://womenpriests.org/fr/mrpriest/mpr-tab-le-sacerdoce-de-marie/).
Pour le mariage, jusqu’au XIIe siècle, son statut est en réalité assez flou, et l’union indissoluble n’a commencé qu’à partir de là, alors que jusqu’au XIe siècle les milieux épiscopaux répugnaient à condamner un divorce et un remariage comme adultère et bigamie (Philippe Ariès, Le mariage indissoluble, du numéro thématique : Sexualités occidentales. Contribution à l'histoire et à la sociologie de la sexualité, dans Communications, 35, 1982, pp. 123-137).
Et le fait que le fait que les hommes ne peuvent pas épouser des hommes est une conclusion un peu rapide. À l’époque médiévale, il existait des arrangements juridiques appelés adelphopoiesis (“fabrication de frères”) en Méditerranée orientale ou affrètement (“fraternité”) en France qui permettaient à deux hommes de partager un logement et de mettre leurs ressources en commun, partageant “un pain, un vin, une bourse” (https://medium.com/@boutiquelgbtqia/histoire-de-lhomosexualit%C3%A9-4a6ac01cb613).
En réalité, il n’existe aucun argument théologique au fait de réserver la prêtrise aux hommes, ce sont seulement des arguments juridiques et des faits de tradition. D’ailleurs, Jésus s’est entouré d’hommes et de femmes au tout début. Pour mémoire, c’est sa mère dans l’évangile de Jean qui est à l’initiative de son premier miracle. C’est Marthe qui reconnait Jésus comme Christ, fils de Dieu, et avec elle seulement qu’il échange sur le sens nouveau de la résurrection. Enfin c’est à la Magdaléenne qu’il apparaît ressuscité et elle qu’il envoie annoncer la Bonne Nouvelle aux disciples. On voit bien que les femmes sont présentes à des moments clés et qu’il n’y aucune discrimination au départ (https://www.geo.fr/histoire/femme-pretre-une-chimere-au-sein-de-leglise-catholique-218684).
Malgré la tendance actuelle à relativiser le genre humain selon la création, dit Müller, l’appel au masculin et au féminin vient de Dieu. "Il faudrait se plaindre à Dieu lui-même du fait qu'il a créé les hommes et les femmes." À la question de savoir si les femmes peuvent être appelées par Dieu au service sacerdotal, le cardinal a répondu que si le Christ lui-même est le fondateur de ce sacrement d'ordination, "alors il ne peut pas se contredire". Il ne définira pas ainsi la nature du sacrement «et en même temps appellera arbitrairement les femmes à ce qui contredit en réalité la symbolique de ce sacrement».
Techniquement, Jésus n’a pas inventé un tel sacrement, il a choisit les Douze apôtres sans ordination au préalable, ne cherchant pas à former de prêtrise, mais plutôt à rassembler tout Israël (les douze tribus) et annoncer que la fin du monde est imminente (https://archipel.uqam.ca/724/1/M10138.pdf), et au premier siècle, Paul, considéré comme le premier chrétien, s’est d’ailleurs entouré de femmes et d’hommes pour créer les premières communautés, mais pas seulement d’hommes. Ce n’est qu’au XIIe siècle, qu’on commence à justifier cette exclusion par le fait que les femmes sont la cause du pêché originel. En 1976, on ira même jusqu’à expliquer qu’elles sont une menace pour l’ordre social (https://www.geo.fr/histoire/femme-pretre-une-chimere-au-sein-de-leglise-catholique-218684).
En réponse à l'objection juridique de la discrimination structurelle, Müller a déclaré que le droit canonique est une expression de la réalité sacramentelle de l'Église et «non un changement dans la nature de l'Église en une structure laïque». Le droit canonique n’est en rien une représentation de la réalité sacramentelle de l’Église ? Peut-on faire confiance à droit qui a théorisé très longtemps l’infériorité de la femme dans l’Église, tout en lui interdisant de lire la Bible ou à distribuer l’Eucharistie. Ce n’est pas une référence viable.
Pour le cardinal Müller, ce n’est pas une injustice – «parce qu’une femme n’est pas appelée». Si c’est une injustice, car les femmes restent cantonnées à des fonctions très secondaires, alors qu’elles sont la moitié des fidèles dans le monde et qu’elles tiennent aussi la vie ecclésiale https://www.geo.fr/histoire/femme-pretre-une-chimere-au-sein-de-leglise-catholique-218684).
Merci !