Publié le 17 Juillet 2024
Pierre Jova et Laurence Faure dans lavie.fr nous montrent ce mercredi 17 juillet 2024 qu’un rapport commandé par Emmaüs International identifie au moins une dizaine de femmes, dont une alors mineure, victimes d’agressions sexuelles ou de tentatives d’agressions de la part du fondateur d’Emmaüs. Des révélations qui mettent en lumière une dimension jusqu’ici tue du héros de l’hiver 1954.
C’était le prêtre le plus aimé de France. Il incarne la conscience morale, la capacité à se révolter, le courage d’agir. Il est, pour beaucoup de nos compatriotes, l’un des minces fils qui les relient toujours à la chrétienté. Ses interpellations résonnent encore à nos oreilles : «Mes amis, au secours…» Mort en 2007, l’Abbé Pierre demeure une icône française. Son engagement inégalé pour les exclus inspire le respect de tous – au point d’être convoqué par le Nouveau Front populaire au cours des dernières élections législatives 2024. Canonisé par l’opinion, l’Abbé Pierre n’avait pourtant jamais caché certaines de ses limites. Mais peu auraient imaginé qu’il fasse un jour l’objet d’accusations de violences sexuelles. Interpellé en 2023 par une victime, Emmaüs International a lancé une enquête conjointement avec Emmaüs France et la Fondation Abbé-Pierre. Un travail externalisé, commandé au cabinet Egaé, qui forme des entreprises et institutions à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. La Vie a pu consulter, en accord avec le mouvement, ce rapport publié le 17 juillet 2024, identifiant au moins 12 victimes, toujours vivantes, présumées de faits qui auraient été commis par l’Abbé Pierre durant une période de 30 ans, de la fin des années 1970 à 2005. «J’ai l’habitude de me défendre. Mais là, c’était Dieu. Comment vous faites quand c’est Dieu qui vous fait ça ?», témoigne une des victimes présumées (toutes anonymes) citée dans le rapport. Parole sidérante, comme le reste de l’analyse conduite par Egaé, qui fait écho à de nombreux autres témoignages de violences sexuel.
Parmi les faits remontés, "des comportements inadaptés d'ordre personnel, une proposition sexuelle, des propos répétés à connotation sexuelle, des tentatives de contacts physiques non sollicités, des contacts non sollicités sur les seins". Une des femmes rapporte ainsi que l'Abbé Pierre "s'est mis à lui tripoter le sein gauche" alors qu'elle se trouvait "au pied de l'escalier, un endroit de type sas". Quelques années plus tard, elle raconte une autre scène dans un bureau. "Je me suis avancée vers lui pour lui serrer la main. Il a essayé de m'attirer vers la fenêtre. Je lui ai dit 'Non, Père'. Il m'a dit 'J'en ai besoin'. J'ai dit 'non', il est parti." Une autre femme raconte la fois où l'Abbé Pierre "pose ses mains sur (sa) poitrine, (ses) seins", pendant "qu'on parle du travail". Une autre indique quant à elle qu'un jour, "au moment de lui dire au revoir, il a introduit sa langue dans ma bouche d'une façon brutale et totalement inattendue". De cette série d'entretiens ressort "une forme de sidération lors des faits", écrit l'autrice du rapport, Caroline de Haas, qui pointe une "forme d'emprise alimentée par la différence d'âge, le statut de l'abbé Pierre et une forme d'idolâtrie, ou la situation de subordination entre lui et les personnes" (https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/l-abbe-pierre-accuse-d-agressions-sexuelles-par-plusieurs-femmes-selon-un-rapport-3860659).
"Nous saluons le courage des personnes qui ont témoigné et permis, par leur parole, de mettre au jour ces réalités", soulignent Emmaüs France, Emmaüs International et la Fondation Abbé Pierre. "Nous les croyons, nous savons que ces actes intolérables ont laissé des traces et nous nous tenons à leurs côtés", ajoutent-elles. "Ces révélations bouleversent nos structures" et "ces agissements changent profondément le regard que nous portons sur un homme connu avant tout pour son combat contre la pauvreté, la misère et l'exclusion". Un dispositif de recueil de témoignages et d'accompagnement, "strictement confidentiel, s'adressant aux personnes ayant été victime ou témoin de comportements inacceptables de la part de l'abbé Pierre", a été mis en place, selon les trois associations. L'Église catholique en France a déclaré mercredi sur X avoir appris "avec douleur" les conclusions du rapport. Attendant de prendre connaissance du rapport publié, la Conférence des évêques de France "tient à assurer les personnes victimes de sa profonde compassion et de sa honte que de tels faits puissent être commis par un prêtre", souligne ce message publié peu après ces révélations (https://www.france24.com/fr/france/20240717-abbe-pierre-accuse-agressions-sexuelles-sept-femmes-rapport).
«Ce sont des amis qui m’ont prévenu et m’ont dit d’allumer la télévision», a expliqué sa filleule Annie Porte à France Bleu Mayenne. Cette dernière, qui habite à Laval, se déclare «sous le choc à la suite de ces révélations. J’ai du mal à y croire. Il faut qu’on écoute ces personnes, qu’on leur donne la parole. Il y a une justice.» (https://www.ouest-france.fr/faits-divers/violence-sexuelle/douleur-honte-les-premieres-reactions-apres-les-accusations-visant-labbe-pierre-b407108e-4443-11ef-90f2-b61ef193591b).
Merci !
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