SudOuest.fr avec l’AFP nous montrent ce samedi 11 avril 2026 que le souverain pontife entame lundi un déplacement inédit en Algérie, première étape d’une tournée africaine placée sous le signe de la coexistence entre islam et christianisme. Ce déplacement ouvre la première grande tournée internationale du pape de 70 ans, qui le conduira ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale du 13 au 23 avril, un marathon de 18 000 km à la logistique complexe. Dans un contexte international marqué par la guerre au Moyen-Orient, la coexistence pacifique sera au cœur du message du pape dans ce pays de 47 millions d’habitants, à 99 % musulmans.
«Il s’agira de s’adresser au monde islamique, mais aussi d’affronter un défi commun de coexistence», a déclaré jeudi Matteo Bruni, directeur du service de presse du Saint-Siège. Quelques jours avant la visite, trois ONG internationales, dont Human Rights Watch, ont exhorté le pape à soulever les questions de droits humains et de liberté religieuse auprès des autorités algériennes, affirmant que les minorités religieuses «font face à des restrictions juridiques et administratives discriminatoires». L’islam est religion d’État en Algérie mais la Constitution garantit la liberté de culte, sous réserve d’un agrément des autorités pour le lieu de culte et le prédicateur. Aujourd'hui, selon les chiffres de l'ONG Portes Ouvertes, l'Algérie compterait quelque 156 000 chrétiens, en grande majorité des protestants évangéliques berbères. Une communauté grandissante, discrète par nécessité, et soumise depuis janvier 2025 à une pression redoublée : la quasi-totalité des 47 églises affiliées à l'Église protestante d'Algérie ont été administrativement fermées. Leurs fidèles se réunissent désormais dans des garages, des maisons privées, ou en plein air sous les oliviers des montagnes kabyles. Une cinquantaine d'entre eux font l'objet de poursuites judiciaires. Le pape Léon XIV, qui a consacré une partie de sa vie à l'ordre missionnaire augustinien, connaît cette réalité. Il sait qu'il pose le pied sur une terre où des milliers d'Algériens ont choisi, au péril de leur réputation, de leur emploi, parfois de leur liberté, de devenir chrétiens. Ne pas en parler serait une forme d'amnésie. En parler explicitement serait diplomatiquement périlleux. Un silence obligé deviendrait peut-être la contrainte la plus lourde de toute la visite (https://www.france24.com/fr/afrique/20260410-pape-leon-algerie-visite-tebboune-catholiques-protestants).
Les Algériens «sont sensibles au fait que les premiers voyages du pape sont centrés sur la Méditerranée, ce qui témoigne d’une attention manifeste aux enjeux de la région, aux relations Nord-Sud», a confié Mgr Michel Guillaud, évêque de Constantine et Hippone. La visite a été saluée dans la presse locale pour sa portée symbolique et historique, bien au-delà des 9000 catholiques présents dans le pays. Pour le quotidien gouvernemental «El Moudjahid», elle est représentative du «soft power algérien» et constitue «un acte diplomatique majeur pour l’Algérie, qui traduit une reconnaissance de sa stabilité, de son rôle de médiateur régional et de sa capacité à dialoguer avec des acteurs globaux». Du côté du pouvoir algérien, cette visite permet en tout cas de redorer son image à l'internationale. "Depuis la fin de la présidence Bouteflika, l'Algérie n'a cessé de perdre du terrain, notamment sur la question cruciale du Sahara. Alors que le Maroc a montré une habileté remarquable à jouer la carte du soft power, Alger a multiplié les maladresses", constate l'historien Mehdi Ghouirgate. "Le rapprochement avec le pape permet de replacer une forme de narrative favorable en rappelant que d'un point de vue culturel et historique, il s'agit d'une nation qui existe depuis fort longtemps et qu'elle a eu en son sein des personnages majeurs dont elle peut s'enorgueillir comme Saint-Augustin. C'est un voyage qui à n'en pas douter fera date" (https://www.france24.com/fr/afrique/20260410-pape-leon-algerie-visite-tebboune-catholiques-protestants).
À Alger, le pape Léon XIV sera reçu lundi matin par le président Abdelmadjid Tebboune et prononcera un premier discours devant les autorités et le corps diplomatique. Aucun bain de foule n’est prévu dans la capitale et la papamobile restera à l’aéroport, selon le site d’information Casbah Tribune. L’après-midi, le pape visitera la Grande Mosquée et rendra hommage aux figures de la mémoire algérienne. Il rencontrera également la population dans la cathédrale Notre-Dame d’Afrique. Le pape Léon XIV se recueillera aussi en privé dans la chapelle des 19 «martyrs d’Algérie», des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002). Il ne se rendra toutefois pas au monastère de Tibhirine, dans la région de Médéa, où sept moines ont été assassinés en 1996. La mémoire des martyrs sera présente dans les esprits, même si elle ne figure pas au programme officiel. Ce choix est lui aussi politique : ne pas rouvrir des blessures sur lesquelles ni la France ni l'Algérie n'ont dit leur dernier mot (https://www.parismatch.com/actu/international/les-vraies-raisons-qui-ont-pousse-le-pape-leon-xiv-a-se-rendre-en-algerie-267353). L’étape la plus symbolique pour le pape natif de Chicago aura lieu mardi avec un déplacement à Annaba, ancienne Hippone, dont Saint Augustin fut l’évêque. Il y donnera une messe dans la basilique qui surplombe la ville. Pour sa première apparition publique le jour de son élection, Robert Francis Prevost s’était présenté comme «un fils de Saint Augustin».
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