Publié le 11 Février 2026
katholisch.de nous montre ce mercredi que pour le théologien berlinois Georg Essen, l'attitude de l'Église envers la société libérale se mesure à l'aune de son traitement de la Fraternité Saint-Pie-X. Cette dernière rejette non seulement la liturgie réformée après le concile Vatican II, mais aussi l'ouverture de l'Église à la démocratie, à l'État laïque et à la liberté religieuse, a souligné le professeur de théologie systématique dans un entretien accordé à Domradio (mercredi). La Fraternité Saint-Pie-X demeure ancrée dans un anti-modernisme réactionnaire et prône l'intégrisme. «Elle rejette catégoriquement la démocratie et, par conséquent, le principe constitutionnel de souveraineté populaire, et, de surcroît, rejette fondamentalement la neutralité religieuse et idéologique de l'État laïque», a poursuivi Essen.
Cela rend la Fraternité Saint-Pie X attrayante pour certains groupes sociaux : «En période d’incertitude et de bouleversements, elle promet un foyer, une protection et une sécurité au sein de sa communauté. Elle offre une appartenance à un groupe avec des règles claires, associée à une vision du monde très simpliste qui déclare que tous ceux qui n’appartiennent pas à son groupe sont des ennemis de Dieu.» Il faut reconnaître, poursuit l’argument, «que dans des pays comme les États-Unis, la Hongrie ou la Pologne, des milieux catholiques réactionnaires soutiennent des gouvernements ou des partis autoritaires et populistes ouvertement nationalistes, parfois même racistes, et qui s’attaquent violemment à la démocratie.» L’Église doit apprendre à comprendre cette évolution sans nécessairement en saisir toutes les implications politiques et théologiques. Il est essentiel d’affûter un regard critique sur les plans politique et idéologique : «La position de l’Église catholique romaine sur la Fraternité Saint-Pie X déterminera également de quel côté elle se situe dans la lutte pour l’avenir de la démocratie libérale.»
En 2022, le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie-X, le père Davide Pagliarani, a expliqué la position de sa communauté sur le concile Vatican II : «Ce qui a défini le concile, ce qui en constitue l’épine dorsale, le concile lui-même, c’est le concile de la nouvelle messe, le concile de l’œcuménisme, le concile de la dignité humaine, le concile de la liberté religieuse.» Ce concile, a poursuivi Pagliarani, doit être rejeté. Début février, le Supérieur général annonça que sa Fraternité consacrerait de nouveaux évêques durant l'été, même, si nécessaire, sans autorisation papale. L'objectif était de préserver la capacité d'action de la Fraternité, qui dépend des évêques pour conférer les ordinations et administrer le sacrement de la Confirmation. La consécration d'évêques sans mandat papal constitue une faute canonique passible d'excommunication. Les deux derniers évêques de la Fraternité Saint-Pie-X (qui en comptait initialement quatre) furent consacrés en 1988 sans mandat papal par le fondateur de la Fraternité, l'archevêque Marcel Lefebvre. Leur excommunication fut levée par grâce en 2009 par le pape Benoît XVI (2005-2013).
La Fraternité Saint-Pie X prétend que l'Église traverse une crise justifiant ses actions. Essen réfute cette thèse : la Fraternité Saint-Pie X se trouve dans une situation qu'elle a elle-même provoquée. «Cette situation n'est apparue que parce que la Fraternité refuse de reconnaître des décisions clés du Concile Vatican II et de se soumettre au Magistère de l'Église», explique le théologien. Le «schisme» dans lequel se trouve la communauté est également de son propre fait : «Invoquer une prétendue détresse qui menacerait le salut de ses fidèles est une interprétation pour le moins exagérée.» Essen qualifie les agissements de la Fraternité Saint-Pie-X de «schismatiques» en raison de sa «désobéissance persistante et soutenue au Pape». Le théologien explique : «Elle viole coupablement l'unité de l'Église, et ses évêques n'exercent pas leur charge au sein du Collège des évêques, sous l'autorité du Pape. Elle sème également la confusion parmi ses fidèles en feignant une "ecclésiastique" qu'elle ne peut incarner.» La Fraternité Saint-Pie-X rejette l'accusation de schisme. Selon la lettre «Ecclesia Dei» (1988), publiée à l'occasion des consécrations épiscopales illégales de Lefebvre par le pape Jean-Paul II (1978-2005), «cette désobéissance, qui implique un véritable rejet de la primauté romaine, constitue un acte schismatique». La levée de l'excommunication en l'espèce relève de la compétence du Saint-Siège.
Merci !
/image%2F0550723%2F20150910%2Fob_d8078e_jesus-001.jpg)