"Nous, collectifs de victimes de l'enseignement catholique, exprimons notre profonde indignation, et notre colère, face à la promotion de Dominique Spina, prêtre du diocèse de Toulouse, au poste de chancelier" en juin, ont déclaré dix collectifs dans un communiqué transmis à franceinfo.fr, vendredi 11 juillet. Dominique Spina a été condamné en 2006 en appel à Tarbes (Hautes-Pyrénées) alors qu'il était prêtre du diocèse de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) à cinq ans de prison dont un avec sursis pour le viol d'un lycéen de 16 ans en 1993. Pour justifier sa décision, l'archevêque de Toulouse, Guy de Kérimel, a expliqué dans un communiqué publié lundi avoir "pris le parti de la miséricorde", "en choisissant de nommer l'abbé Spina chancelier de la curie diocésaine", alors qu'il était depuis cinq ans employé aux archives. "Il n'exerce plus de charge pastorale, sinon celle de célébrer l'Eucharistie, seul ou exceptionnellement pour des fidèles. Considérant que nous n'avons rien à reprocher à ce prêtre depuis ces trente dernières années pour des faits susceptibles de faire l'objet de poursuites judiciaires, canoniques ou civiles, j'ai donc choisi de le nommer dans cette fonction administrative", a ajouté Guy de Kérimel.
Pourtant la décision partage même au sein de la communauté catholique. "Un prêtre condamné à quatre ans de prison pour viol (et qui a purgé sa peine) peut-il occuper un emploi administratif qui exige que le titulaire soit «de réputation intègre et au-dessus de tout soupçon» ? À mon avis, non." écrit sur X le journaliste Jean-Pierre Denis (https://www.rcf.fr/articles/actualite/a-toulouse-mgr-guy-de-kerimel-nomme-chancelier-du-diocese-un-pretre-condamne). La nomination de Dominique Spina au poste de chancelier et de délégué épiscopal aux mariages à compter du 1er septembre «suscite l’incompréhension», a réagi le média Tribune Chrétienne son site internet. «Cette récente promotion à la chancellerie, organe central de l’administration canonique du diocèse, surprend par son contraste avec les engagements affichés par l’Église de France depuis la publication du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) en 2021», souligne le média (https://www.ouest-france.fr/faits-divers/violence-sexuelle/viol/un-pretre-condamne-pour-viol-sur-mineur-en-2006-promu-par-larcheveque-de-toulouse-5d94f0b0-5b47-11f0-a250-ccec68869d1d).
"Cette situation, inacceptable, témoigne d'un manque de respect flagrant envers les victimes et leurs familles", ont dénoncé les dix collectifs de victimes, dont celui de Notre-Dame de Bétharram. Avant de poursuivre : "Pire, cette situation démontre que, malgré une volonté affichée de lutte contre les violences faites aux mineurs, l'Église de France continue de protéger les prédateurs, même condamnés, et va jusqu'à les promouvoir." Les dix collectifs demandent à l'Église de France trois mesures : "l'interdiction stricte et définitive d'exercer tout ministère pour les prêtres et les religieux, condamnés pour des violences, qu'elles soient physiques, sexuelles ou psychologiques, sur des enfants ou des adultes"; "l'éloignement conservatoire des ministères au contact d'enfants pour les prêtres et les religieux faisant l'objet de signalements crédibles"; "la transparence totale sur les décisions de nomination et les antécédents des prêtres et religieux."
Du côté de l’association Fraternité Victimes, qui vient en aide aux victimes d’abus dans l’Église, on se dit «sidéré» par cette décision. Les arguments utilisés par l’archevêque pour défendre ce choix ne l’ont pas non plus convaincue : «Parler de miséricorde pour défendre cette promotion, c’est tout bonnement scandaleux. On voit bien qu’il y a une véritable déconnexion de l’archevêque de Toulouse quand on voit les réactions» à cette annonce. Selon Mélanie Debradant, cette nomination est également contraire au droit canon de l’Église catholique : «Il est écrit dans le Code que le chancelier doit avoir une réputation intacte et être au-dessus de tout soupçon. Avec une condamnation pénale pour viol sur mineur et un emprisonnement, je pense qu’on peut dire que la réputation n’est pas intacte.» (https://www.liberation.fr/societe/religions/un-pretre-condamne-pour-viol-sur-mineur-en-2006-nomme-chancelier-du-diocese-de-toulouse-20250708_RBCOHTYK6VBRBJN6TOZMR2XLGE/).
Même son de cloche au sein de la fédération France Victimes. Son vice-président et porte-parole, Jérôme Moreau, observe : «Avoir des personnes qui ont une promotion au regard du fait qu’ils auraient une bonne conduite, c’est un bien mauvais message. D’autant plus pour la victime directe de ce prêtre, c’est extrêmement douloureux.» Mélanie Debradant renchérit : «C’est toujours dramatique d’avoir l’impression qu’on oublie ce que l’on a subi et que finalement ce n’était pas si grave. On se demande comment c’est encore possible en 2025.» Jérôme Moreau, de France Victimes conclut auprès de Libération : «Si on peut considérer que le droit à l’oubli est important, le droit à la résilience l’est tout autant pour les victimes.» (https://www.liberation.fr/societe/religions/un-pretre-condamne-pour-viol-sur-mineur-en-2006-nomme-chancelier-du-diocese-de-toulouse-20250708_RBCOHTYK6VBRBJN6TOZMR2XLGE/).
La victime justement. Dans Charlie Hebdo ce mardi 8 juillet, «Frédéric», dont le prénom a été changé, réagit à la nomination de Dominique Spina : «Il était dans l’emprise et la perversité. Il m’a agressé sexuellement et m’a violé à plusieurs reprises, avec violence et sous contrainte.» La victime était alors élève à Notre-Dame de Bétharram. C’est là que le directeur de l’établissement de l’époque, le père Carricart, a présenté Frédéric à Dominique Spina. Aujourd’hui âgé d’une cinquantaine d’années, Frédéric a récemment porté plainte contre l’ancien directeur de l’établissement catholique, à présent décédé, pour agressions sexuelles. Frédéric assure à Charlie Hebdo «qu’il n’est absolument pas surpris» de la nomination. «Il a toujours bénéficié d’une très grande bienveillance. Dès le départ, tous les pontes de l’Eglise ont été très bienveillants à son égard, et cela continue assez logiquement. Prêtre, c’est le seul métier où vous réussissez à vous recaser malgré des crimes abominables», témoigne-t-il (https://www.liberation.fr/societe/religions/un-pretre-condamne-pour-viol-sur-mineur-en-2006-nomme-chancelier-du-diocese-de-toulouse-20250708_RBCOHTYK6VBRBJN6TOZMR2XLGE/).
En 2016, le prédécesseur de Mgr de Kerimel, Robert Le Gall, avait relevé de ses fonctions Dominique Spina, qui avait à l’époque repris un office de prêtre chargé de l’ensemble paroissial Fronton-Bouloc-Castelnau d’Estrétefonds, près de Toulouse (https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/07/07/l-archeveque-de-toulouse-nomme-chancelier-du-diocese-un-pretre-condamne-pour-viol-sur-mineur-en-2006_6619654_3224.html). Le poste de chancelier du diocèse est dédié à la gestion de l'établissement, à la conservation des actes officiels de l'archevêque. Le chancelier peut aussi apporter son aide et ses conseils sur l'administration des sacrements aux prêtres et aux paroisses.
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