Arnaud Gonzague nous montre dans nouvelobs.com dans son article du mardi le 21 décembre 2025 que plus inventifs et plus démonstratifs que leurs aînés, ces jeunes chrétiens progressistes bataillent contre les réacs d’extrême droite et les dégâts du capitalisme tout en militant pour l’écologie et ont décidé de détacher du christianisme le visage médiatique droitard des plateaux de CNews ou des ensoutanés pullulant sur les réseaux sociaux comme en octobre dernier, lorsque le dernier livre d’Eric Zemmour s’est vu affubler d’un drôle de marque-page couleur vert pomme qui proclamait : «J’étais un étranger et vous m’avez accueilli», la phrase d’un dangereux défenseur de la «subversion migratoire» nommé Jésus-Christ, énoncée au sein d’un recueil gauchiste, l’Évangile selon saint Matthieu (25,35), et quelques jours plus tard, ils sont aussi allés, armés de guitares, bousculer une séance de dédicaces de l’auteur du «Suicide français», avant de se faire sortir par la sécurité, quand d’autres faisaient des «cercles de silence» protestataires devant le siège parisien de Fayard.
Et ils prouvent que la foi chrétienne ne penche pas forcément à droite et ces jeunes chrétiens qui se retrouvent dans de nouveaux espaces catholiques écolos de gauche comme Anastasis qui a qui d’ailleurs publié un ouvrage en 2021, «la Communion qui vient» (Seuil), dont les titre fait clairement référence à «l’Insurrection qui vient» (La Fabrique, 2007), essai des militants de l’ultragauche du Comité invisible, encore qu’on a vu, au printemps 2023, sous un Abribus parisien, en train de «cirer les pompes» – littéralement, à grands coups de brosse à reluire – des manifestants défilant contre la réforme des retraites, et un joli coup médiatique, montrant leur attachement à la question sociale tout en reproduisant un geste christique (laver les pieds des disciples), Lutte et Contemplation qui amené ces opérations contre Eric Zemmour pour l’empêcher d’instrumentaliser la religion chrétienne, et certains se réunissent au Dorothy à Paris, un café-atelier associatif animé par des chrétiens et ouvert à tous dans un esprit de fraternité, et ils ont envie de dénoncer l’entreprise nauséabonde de réappropriation de leur foi par l’extrême droite, et veulent surtout rappeler que le devoir de tout chrétiens est d’accueillir l’autre, le vulnérable, le précaire, le marginal, plutôt qu’un «sursaut judéo-chrétien» voulu par Eric Zemmour.
Ces jeunes chrétiens réussissent à essaimer avec le Festival des poussières qui articule, quelques jours chaque été, des temps de formation intellectuelle, des temps de prière et des temps festifs. Ils tentent d’incarner leur sensibilité dans l’espace public, comme par exemple lors du rassemblement chrétien œcuménique contre l’extrême droite de juin 2024 qui a réuni de nombreuses organisations issues de la tradition du christianisme social, ou tout récemment lors de la prière pour la vérité, la justice et la paix en Palestine-Israël inspirée de la théologie de la libération palestinienne (https://laviedesidees.fr/Chretiens-et-a-gauche). Et ils ne se cachent plus d’adorer Jésus : prières collectives, chants religieux au Festival des Poussières, Christ coloré, bras écartés, en couverture du premier numéro du «Cri» (dont le titre en dit long)… Ils partagent une adhésion sans équivoque au mariage homosexuel et à la lutte contre la transphobie (les défilés cathos contre le mariage pour tous, en 2012-2013, ont provoqué chez la plupart d’entre eux la honte que l’Église verse dans l’homophobie la plus primaire, tandis la question de la fin de vie suscite une opposition chez Anastasis, mais il s’est prononcé en faveur de l’IVG (son «interdiction ne peut être que meurtrière et injuste» en raison des avortements clandestins, dit un texte du collectif) – même s’il précise que ce n’est pas un «geste anodin», et Lutte & Contemplation, lui, «ne [s’est] pas prononcé» sur ces questions.
Qu’ont-ils lu au juste ? Bien entendu, les Évangiles… mais pas n’importe quels passages : ceux qui, par exemple, proclament que Dieu «renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles» (Luc 1,52) ou affirment : «Vous ne pouvez pas à la fois servir Dieu et Mamon [l’Argent]» (Matthieu 6,24). Beaucoup d’entre eux vénèrent aussi «Laudato si’», l’encyclique écolo du pape François publiée il y a dix ans, et défendent un concept méconnu de la doctrine catholique : celui de «destination universelle des biens». Autrement dit, la conviction qu’ici-bas «les biens de la Création doivent équitablement affluer entre les mains de tous» (dixit le texte «Gaudium et Spes», publié après le concile Vatican II en 1965) et que la propriété privée, sans être abolie, doit s’effacer devant ce droit. Les inspirateurs protestants ne sont pas oubliés par le mouvement, comme l’autoproclamé «chrétien anarchiste» Jacques Ellul (1912-1994) dont l’un des concepts, notamment, qui doit nourrir le combat des chrétiens de progrès : celui d’«espérance» qui mise sur l’élan et s’oppose à l’espoir qui est passif. On notera enfin que dans le panthéon intellectuel des jeunes chrétiens de gauche, les penseuses occupent une place notable parmi elles, l’ardente Simone Weil (1909-1943), philosophe juive convertie au christianisme qui, au milieu des années 1930, a choisi d’aller trimer sur une chaîne d’usine pour partager le sort des damnés de la terre, avant de se diriger vers l’Espagne, pour batailler contre le franquisme, puis de rejoindre la Résistance à Londres, l’Américaine Dorothy Day (1887-1980), penseuse et activiste américaine qui, en plus de théoriser le «communisme catholique», accueillait dans des refuges les miséreux de New York, et il y a encore la militante afroféministe américaine bell hooks (1952-2021).
L’inépuisable énergie de cette jeune garde cacherait presque qu’ils sont, pour le moment, bien moins audibles et visibles, notamment sur les réseaux sociaux, que les partisans d’un retour à la bigoterie. Et aussi fort peu nombreux. Combien au juste ? Difficile de se prononcer : 600 participants au Festival des Poussières, 4000 inscrits à la newsletter de Lutte & Contemplation et 2500 abonnés au «Cri», le nouveau mensuel, revendiqué « chrétien, joyeux et radical », lancé en novembre dernier. « Bien sûr, nous sommes, dans les faits, plus nombreux que cela. Mais c’est vrai que nous jouons à David contre Goliath face aux milliardaires cathos d’extrême droite [Bolloré et Stérin], plaisante Paul Piccarreta, 38 ans, directeur de la publication du “Cri”. On assume d’être minoritaires parmi une minorité, car nous nous sentons davantage fidèles au message du Christ.» Cette authenticité, cette relation au «vrai» Christ est d’ailleurs une constante : «Un Eric Zemmour l’a avoué [sur un plateau de RMC en 2018] : “Je suis pour l’Église contre le Christ”, souligne Théophane Durand. L’extrême droite se réclame d’un ordre figé, dur, du catholicisme. Nous nous réclamons, comme Jésus, de la justice et de l’égalité.»
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